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Auteur : Didier Goupil
Date de saisie : 01/02/2007
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Documents
Prix : 15.00 € / 98.39 F
GENCOD : 9782268059044
Sorti le : 01/02/2007
Pourquoi va-t-on à Cuba ? Pour le soleil ? Le rhum ? Les Chevrolet d'époque ? Pour la magie de la salsa et de la rumba ? Pour la barbe de Fidel et le cigare du Che ?
Sans doute un peu pour tout ça, et le narrateur de ce livre n'échappe pas à la règle.
Lorsque son avion atterrit à l'aéroport José Marti, la température extérieure est de 27°C, c'est le printemps, et il pense bien poser le pied au Paradis.
Au même moment pourtant, La Havane est le théâtre d'une importante répression policière. Des dizaines de dissidents sont arrêtés, mis au secret et en moins d'une semaine condamnés à de très lourdes peines de prison.
Parmi eux, Juan Valero, qui après avoir été l'un des fils adulés de la Révolution, est peu à peu devenu la figure exemplaire de l'opposition et l'ennemi à abattre.
À travers son histoire, ce sont les cinquante dernières années de l'île qui défilent, rythmées par les ultimes tours de chant des papys de la musique cubaine : Célia Cruz, Compay Segundo ou encore Ibrahim Ferrer.
Didier Goupil est l'auteur de plusieurs romans aux éditions du Serpent à plumes, dont les remarqués Femme du monde et Le Jour de mon retour sur Terre.
Plus subtilement, il met en scène un écrivain invité à Cuba par l'Alliance française, au moment même où le régime vient de procéder à l'une des plus importantes rafles de dissidents depuis trente ans...
Il flotte sur le cinquième roman de Didier Goupil une douce mélancolie, tempérée par la précision des outrages subis par Juan Valero : parodie de procès, avocat de la défense déclarant avoir honte de défendre un tel client, horreur des conditions de détention... C'est à la prison de Boniato que le journaliste entame sa peine de vingt ans en espérant entendre un jour la seule nouvelle qui le libérera : «Castro est mort.»...
Ce roman, élégant et désenchanté, s'achève en août 2006 quand on pense que le despote va s'éteindre. Reviennent alors les mots d'un innocent sacrifié soufflant : «Je suis seulement un homme qui écrit...»
En passant, il éteignit la radio qui diffusait maintenant un discours du Commandant et les cris de joie d'une foule en liesse qui lui répondait. Pour sa part, il aurait préféré de la salsa, de la samba, ou bien un bon chachacha.
L'officier de la police politique qui lui faisait face n'avait lui aucune envie de danser, et ce n'est pas la main qu'il était en train de lui tendre, mais le canon de son pistolet.
Juan recula d'un pas et, dans un réflexe imbécile, leva les bras au ciel.
Brandissant son arme devant lui, l'officier, suivi de ses sbires, pénétra plus avant dans l'appartement, collant Juan contre le mur, puis il commença à inspecter les lieux d'un air suspect.
Quand il eut fait le tour de la pièce, il revint vers le bureau et avec l'extrémité de son revolver il se mit à soulever les papiers et les livres qui y traînaient.
Avec le bout de son calibre, il tenait maintenant à sa merci la dernière feuille de l'article, encore calée dans le chariot, et sa lecture rapide semblait le plonger dans un certain trouble.
«C'est toi qui as écrit cette merde ?» lui demanda-t-il après un temps de réflexion.
Juan ne répondit pas, maintenant son regard dans celui de l'officier, qui, le menton dressé, le toisait.
«Je t'ai posé une question !» hurla-t-il, et avec son arme, d'un geste rageur, il balaya tout ce qui se trouvait sur la table.
Puis il se retourna vers Juan et, après l'avoir menotte, il le tira et l'entraîna avec lui.
«Où comptez-vous dormir ?» me demanda le douanier.
C'était la deuxième fois qu'il me posait la question et le ton cette fois était plus sec, son regard plus sévère.
Qu'est-ce que je croyais ? Le Paradis aussi avait ses douaniers, et je n'aurais d'ailleurs pas pu espérer plus typique que celui qui me faisait face, avec son treillis et sa belle barbe de barbudo.
«Au Riviera...», lui répondis-je, lâchant enfin des yeux le pin's du Che qu'il arborait fièrement au revers de sa vareuse.
L'homme laissa flotter son stylo quelques secondes au-dessus de sa fiche, puis après avoir relevé une dernière fois la tête, il cocha une case, apposa deux ou trois tampons et, enfin, l'air satisfait, il me rendit mon précieux passeport.
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