Un enfant peut-il déprimer ? De fait, qui le constate et qu'elle en est sa traduction clinique ? C'est dans l'articulation étroite avec l'émergence de la vie, dans les relations étroites entre l'enfant et sa mère qu'a, le plus souvent, été abordée cette question. En référence au travail de Melanie Klein, à l'abandon évoqué par René Spitz, à la perte d'objet, à l'absence de regard..., les états dépressifs de l'enfant sont perçus comme liés à une insuffisance maternelle. Sans doute, la dimension imaginaire est ici prévalente mais n'est-elle pas la conséquence d'un rapport au père dont la défaillance livre l'enfant à être ce que désire sa mère ? C'est dans les aléas de l'impuissance imaginaire qu'il éprouve dans cet effort que la dépression produit cet éboulement autour d'un trou dont l'enfant s'épuise à défendre tragiquement et silencieusement les bords.
Les courts extraits de livres : 08/02/2007
A propos de la «mélancolie de l'enfant»
Hervé Bentata
La question de la mélancolie de l'enfant reste problématique autant au niveau de sa reconnaissance qu'au niveau même de son existence. Ce travail propose une élaboration clinique sur la mélancolie de l'enfant et sa possible prise en charge, à partir du cas de deux enfants dépressifs. C'est qu'il me semble que les caractères particuliers de la mélancolie de ces enfants sont de nature à nous enseigner sur la mélancolie en général, sa structure, et à ouvrir la possibilité de nouvelles mesures thérapeutiques.
Cette question de la mélancolie chez l'enfant s'est posée pour moi, à l'occasion d'une journée d'étude sur la maniaco-dépressive quand un collègue m'a interrogé sur la mélancolie chez l'enfant. De fait, après plus de vingt ans de pratique, j'avais beau chercher dans ma mémoire, aucun cas de mélancolie de l'enfant ne me venait à l'esprit. En y repensant, me vinrent en mémoire bien des cas d'enfants dépressifs et même plusieurs cas de manie assez typique de l'enfant. Il y avait aussi tous ces cas d'hyperactivité de l'enfant, de THADA comme on dit maintenant, où on aurait aussi bien pu parler de dépression masquée ou d'épisode maniaque. Mais aucun vraiment typique. C'est alors que je me souvins de ces deux situations d'enfant où il y avait tout de même peut-être quelque chose de la mélancolie, mais, pas comme on me l'avait apprise.
Les courts extraits de livres : 08/02/2007
Une psychothérapie de l'enfant est entreprise ainsi qu'une insertion dans un jardin d'enfants thérapeutique. Au bout d'environ un an, un séjour thérapeutique est proposé aux enfants et Samy y participe. Il connaît bien les éducateurs avec lesquels il part, mais rapidement après la séparation familiale, il présente des signes de souffrance psychique. Dans un premier temps, on note un retrait accentué de l'enfant qui ne participe à aucune activité ; alors qu'il disait quelques mots, c'est le silence total. Il n'y a plus que quelques cris et même la chanson avec laquelle il se tenait compagnie disparaît. L'enfant ne s'occupe plus, même à ses activités solitaires. Il reste debout sans bouger ; il cherche un objet à saisir. Dehors, il se met près d'un arbre et va saisir une feuille d'une branche basse, semblant se relier de cette manière à la «mère nature». Son immobilité inquiète, de même que l'aspect décomposé de sa mimique, qui est de plus en plus pauvre. On a l'impression qu'une mimique de tristesse profonde se met en place. La commissure des lèvres tombe vers le bas, le front se contracte ; le clinicien croit reconnaître sur le visage de cet enfant «l'oméga mélancolique» qu'on lui a appris à voir chez les adultes mélancoliques. Aux repas, s'il avait toujours eu du mal à manger, étant pris de nombreuses phobies alimentaires, là, il ne mélancolie ne pourrait être qu'un épisode psychotique aigu sur une structure de base qui serait toujours la psychose.