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.. F comme garçon

Couverture du livre F comme garçon

Auteur : Isabelle Rossignol

Date de saisie : 18/01/2007

Genre : Jeunesse à partir de 13 ans

Editeur : Ecole des loisirs, Paris, France

Collection : Médium

Prix : 9.20 €

GENCOD : 9782211083553

Sorti le : 18/01/2007

Sylvain Elie - 20/02/2007


  • Les présentations des éditeurs : 09/02/2007

F comme garçon

Je ne suis pas normale.
Nina est ma cousine et ma meilleure amie, mon idole et mon contraire. Dans la famille, tout le monde nous appelle les inséparables.
Mais moi, ce n'est pas comme une cousine que je l'aime. Ni comme une amie.
J'ai envie de la voir nue, de caresser sa peau à la folie, de me frotter contre elle, de me cacher avec elle.
Ça m'a pris le jour du déménagement quand je l'ai serrée dans mes bras, avant de la quitter jusqu'aux prochaines vacances.
Je n'ai pas le droit. Je sais que je commets le péché de chair, comme disent les religieuses du collège. Alors j'entre à l'église, et je jure que je ne la toucherai plus.
Et puis je recommence.
Je suis lourde, mal, idiote, suppliante, amoureuse.
Et pas elle.

Illustration de couverture : Franck Juery.


  • Les courts extraits de livres : 09/02/2007

Ma grand-mère a des théories sur à peu près tout, et en particulier sur la nourriture. Quand on sort de la salle de bains, elle veut donc absolument que je mange au moins une tranche de saucisson. D'après elle, si on perd du sang, on perd des forces, et on ne peut les retrouver que dans la viande.
- Je mangerai si Nina mange avec moi !
Je fais celle qui réclame uniquement pour le plaisir de voir Nina accepter. Parce que, si ma tante la traite sans arrêt de tête de mule, avec moi elle est tout l'inverse : elle me suit, elle m'écoute, elle fait ce que je lui demande de faire. Quand j'y réfléchis, je me dis que c'est la preuve qu'elle m'aime. Dans les moments où je suis pessimiste, je me dis que je ne peux pas savoir, parce qu'il est clair qu'on peut obéir à quelqu'un sans avoir d'amour pour lui. En tout cas, toute la famille nous appelle «les inséparables».
Dans la cuisine, on entre à la queue leu leu. Ma tante va s'asseoir près de la fenêtre pendant que ma grand-mère sort du réfrigérateur tout le nécessaire de survie pour «fille qui a perdu du sang». Nina et moi, on s'est assises chacune à un bout de la table en Formica bleu pâle, et, comme un vase et quelques marguerites nous séparent, j'imagine tout de suite qu'«on dirait que nous sommes à une table de rois et de reines». Je sais que ça fait gamine, mais j'adore inventer des histoires de ce genre, surtout quand je suis un peu malade. J'explique à Nina que, bien entendu, elle est la reine, que, bien entendu, je suis le roi, et que nous prenons notre déjeuner, servies par notre fidèle cuisinière. Puisque je reviens de mille exploits de guerre, ma reine doit écouter le récit de mes épopées en me couvrant d'un regard amoureux et admiratif.


  • Les courts extraits de livres : 09/02/2007

Mais, sans avoir besoin de se parler, dès qu'on est dans la cour, on file vers la porte du fond et on se met à courir en direction de chez elle. On saute, on rit, on chante. Arrivées devant la maison, on se faufile sous les fenêtres au cas où mon oncle serait là; et puis on court encore jusqu'au jardin, là où on nous a monté deux petites tentes. La mienne est mauve et celle de Nina est rose.
Toujours sans avoir besoin de se parler, on entre dans la mienne. Aussitôt, on s'allonge et on ferme les yeux. Pas pour souffler, mais parce que c'est notre rituel. Je ne sais pas à quoi pense Nina dans ces moments-là. Moi, je fais une prière. Un «Je vous salue, Marie». Pendant cinq ou dix minutes, on reste comme ça. Puis je lui dis :
- Mets-toi nue !
J'ordonne. Un peu comme le prêtre à la messe. Je m'assois en tailleur pour la regarder qui se tortille en ôtant son tee-shirt, son short et sa culotte. Après, je la regarde se rallonger sur le duvet et s'y trémousser comme un petit chat. De ses yeux bleus, elle me fixe langoureusement. C'est moi qui lui ai appris à faire comme ça. Pour qu'elle soit encore plus belle et qu'elle m'attire. Je lui ai expliqué que les hommes aimaient ça. Je ne l'ai pas appris à l'école, bien sûr, mais en écoutant mon père. Parce que mon père parle beaucoup des femmes et qu'il les aime toutes. Et qu'il a des maîtresses, dit ma mère.
Elle me l'a dit un soir, dans la salle de bains, en enlevant son fond de teint.


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