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Auteur : Fabrice Dhume-Sonzogni
Date de saisie : 30/01/2007
Genre : Politique
Editeur : Homnisphères, Paris, France
Collection : Décryt'âge
Prix : 12.00 € / 78.71 F
GENCOD : 9782915129175
Sorti le : 30/01/2007
Charlotte Thomas - 14/05/2007
Charlotte Thomas - 10/05/2007
LA FRANCE est-elle en voie d'éclatement ? Les fondations de la République française sont-elles minées ? La Démocratie, la Raison, l'État, la Nation... seraient, entend-on dire, autant de «valeurs» en voie d'extinction.
Mais où est la menace et qui constitue cette menace ? Sans que cela soit une réponse implicite à ces questions, le danger porte désormais un nom, depuis que les politiques publiques ont identifié dans le «communautarisme» un nouvel objet d'action.
«Communautarisme»... Quelle est donc cette idée aux contours flous et que nous dit ce mot de l'état de la société française ? Que produit cette catégorie improbable qui s'impose comme un nouveau champ de «lutte» pour l'État ?
Le «communautarisme» n'est-il pas en fin de compte le terme générique d'un ennemi d'État qui permet à la société française de construire le «choc des civilisations» qu'elle prétend éviter ?
Fabrice Ohume-Sonzogni est chercheur-coopérant à l'ISCRA (Institut social et coopératif de recherche appliquée). Il travaille depuis de nombreuses années sur les questions de discrimination raciale à l'emploi, dans la police ou encore à l'école. Ses recherches portent également sur les formes de coopération et de partenariat au sein des politiques publiques.
Si l'on revient à la dissociation entre «communautarisme» et «communautarisation», nous avons un indice d'une problématique politique et morale. Le second terme signifie une gestion commune, et est d'abord pris sur un plan fonctionnel. Il est fréquemment utilisé, j'y reviendrai, pour qualifier la sociation européenne, c'est-à-dire cette construction politique fondée sur un compromis négocié. La distinction entre «communautarisation» et «communautarisme» est donc fondée sur une lecture opposée de la signification du commun et de la communauté. La polémique sur la question dite du «communautarisme» est donc significative d'une ligne de séparation morale entre le bien et le mal-commun. D'un côté, le commun comme mouvement de la réunion délibérée dans un but de gestion commune (communauté européenne, par exemple). De l'autre, le commun comme mouvement de «régression» vers un être-ensemble (le «communautarisme»). Qu'est-ce qui sépare, au fond, les deux ? Qu'est-ce qui (et qui est-ce qui) arbitre sur le bon sens du commun ?
La «philosophie politique» peut éclairer cette question. Ce qui est enjeu peut être assimilé à une dispute sur ce qui serait le juste ordre social. Selon la ligne de séparation incarnée par l'État (l'État-Nation), il y aurait, en substance, de bonnes communautés : celles dites nationale, européenne -mais aussi la «communauté éducative» de l'école. Ces «communautés» ont droit à reconnaissance et, tout simplement, à existence. Ceci, car on leur prête un rôle de prolongement et d'incarnation de l'État et donc, on les qualifie de «politique». À l'opposé, et de façon antagonique à cet imaginaire social idéalisant, il y aurait de mauvaises communautés : et particulièrement les «communautés ethniques». Cette opposition traduit, on le voit, une ligne de partage, entre un ordre légitime - celui de l'État-Nation -, et d'autres ordres jugés illégitimes. «Communautarisme» est alors le nom qui disqualifie, qui désigne le bruit fait par ceux que l'État considère comme sans-voix.
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