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On parle beaucoup aujourd'hui de «relire le Coran», de «réinterpréter le Coran», de «refuser certaines lectures extrémistes». Derrière ces pétitions de principe, on trouve le postulat selon lequel il y aurait plusieurs lectures possibles du texte sacré des musulmans. Si cette idée n'est pas nouvelle -elle est présente depuis les débuts de l'islam -, rares sont ceux qui en ont exploré les conséquences à la lumière des savoirs modernes. Olfa Youssef, universitaire spécialisée en linguistique, psychanalyste, et qui, en tant que femme maghrébine, a vécu au quotidien les conséquences des interprétations coraniques, emploie ici les outils de la théorie du langage, de la sémiologie et de la psychanalyse pour mettre au jour les structures linguistiques, sémiotiques et inconscientes du Coran et de ce que ses lecteurs y mettent d'eux-mêmes.
Une lecture post-moderne du texte qu'il est indispensable de comprendre à notre époque.
Les courts extraits de livres : 12/02/2007
La diversité de sens qui nous intéresse a pour support les mêmes signifiants. Par exemple, le verset : «Vous ne pourrez jamais traiter également toutes vos femmes, quand bien même vous le désireriez ardemment...» (4 : 129) a été interprété au moins de deux manières différentes. La première prétend que le traitement égal préconisé était d'ordre matériel et se limitait à l'argent alloué aux épouses et aux nuits passées avec elles ; la seconde, quant à elle, élargit la sphère du traitement égal aux sentiments portés aux épouses. Cette divergence d'interprétation, pour anodine qu'elle semble au premier abord, a des conséquences radicales, puisque l'une permet la polygamie tandis que l'autre la rend impossible. En effet, le verset de la sourate ne permet la polygamie qu'à la condition que l'homme soit équitable envers ses épouses : «Si vous craignez d'être injustes envers les orphelins, épousez deux, trois ou quatre femmes parmi celles qui vous auront plu. Si vous craignez encore d'être injustes, n'en épousez qu'une seule ou une esclave...» Le verset 129, en niant la possibilité d'une justice stricte entre les épouses, condition sine qua non de la polygamie, remet en cause cette dernière. Il est évident que si être polygame implique d'une part l'obligation d'une équité absolue vis-à-vis des épouses et que si d'autre part l'on ne peut traiter ses épouses également même en le désirant ardemment, alors cela nous amènerait à conclure que la polygamie n'est pas permise. Telle est l'interprétation de certains penseurs musulmans dont le Tunisien Tahar Haddad (1901-1936). Cependant, si l'on donne à cette équité deux sens différents, on pourrait alors «sauver» la polygamie. La justice possible justifiant la polygamie se rapporterait aux problèmes d'ordre matériel et serait donc gérable, alors que la justice impossible relèverait exclusivement d'un plan sentimental et affectif : domaine incontrôlable par l'homme selon la plupart des exégètes.