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Auteur : Emmanuel Berl
Date de saisie : 14/02/2007
Genre : Essais littéraires
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 2-87706-619-3
GENCOD : 9782877066198
Sorti le : 14/02/2007
Lise Maussion - 05/03/2007
Charlotte Etasse - 23/02/2007
Auteur d'une vingtaine de livres et de plusieurs centaines d'articles, parent de Bergson et de Proust, ami de Drieu La Rochelle et de Malraux, Emmanuel Berl a occupé une place importante dans la littérature de l'entre-deux-guerres.
Il est aujourd'hui très injustement oublié. Voici l'occasion de découvrir un des " grands méconnus " de ce siècle. Modèle d'esprit critique, sans conformisme, sans sectarisme, sans dogmatisme, il est un représentant très original de la pensée libérale. Il est aussi, par l'acuité de son jugement et la limpidité du style, un grand moraliste français. Essayiste, historien, pamphlétaire, journaliste politique, écrivain d'art, mémorialiste, Berl a touché à beaucoup de genres.
Il passe de Tamerlan à l'affaire Dreyfus, d'un cours de Bergson à une lecture de Simone Weil, de la sagesse de Goethe à l'amour chez Proust, de la Kabbale à la psychanalyse. Il lit, il regarde, il écoute, il réfléchit, il commente. A travers mille anecdotes, portraits, souvenirs ou citations, il s'interroge aussi sur l'oubli, le progrès, le langage, la culture, la réflexion, la mort. Il avait un goût extrême de l'amitié.
Dans les hommages qu'il a rendus à tel ou tel de ses amis - Daniel Halévy, Martin du Gard, Camus et bien d'autres -, c'est lui que nous voyons comme dans un miroir. Dans ces textes, classés par thèmes mais si divers, on trouvera le meilleur de Berl. Car il n'est jamais plus frappant que quand il réagit à une lecture ou à un événement, passant de la réaction à la réflexion et s'élevant avec facilité à l'essentiel.
Il faut lire les écrivains morts non pour les juger mais pour la nourriture qu'ils nous apportent. La lecture de Berl est l'une des plus enrichissantes qui soient. Elle nous permet de rencontrer l'un des esprits les plus complets, les plus intelligents, les plus justes de notre temps.
Emmanuel Berl avait un avantage considérable et un immense inconvénient. L'inconvénient : il était inclassable. Romancier, historien, pamphlétaire, journaliste, mémorialiste, auteur d'ouvrages sur l'art ou sur la politique, il n'entre dans aucune catégorie, il n'appartient à aucun genre. Les Français aiment les étiquettes. Il les refusait toutes. Et il le paie assez cher. L'avantage : il était merveilleusement intelligent...
Emmanuel Berl avait le souvenir des morts, le culte de l'amitié - «Je plains, disait-il à propos de la querelle Sartre-Camus, ceux que fait sourire une rupture d'amitié» -, l'horreur de la guerre, le refus de l'amertume, l'amour de la vérité. Il dénonçait avec courage les impostures de toute farine. C'était un écrivain du premier rang. Tous ceux qui détestent la haine et qui aiment la justice, la clarté, la liberté d'esprit et notre langue qu'il a si bien servie ont le devoir impérieux de ne pas l'oublier.
Sur Tocqueville
L'Ancien Régime et la Révolution est un ouvrage inachevé. Il devait avoir au moins deux tomes ; Tocqueville a publié le premier en 1856 ; la maladie, puis la mort, l'ont empêché de terminer celui ou ceux qui devaient suivre.
C'est quand même son oeuvre maîtresse et, avec l'Esprit des Lois, l'ouvrage de synthèse historique dont la France semble le mieux fondée à s'enorgueillir.
En un sens, Tocqueville y a travaillé toute sa vie. S'il a étudié la «démocratie en Amérique», c'était pour se faire une idée plus nette des sociétés dont la chute de l'Ancien Régime avait bouleversé les structures. Son action, ses méditations politiques tournent autour du problème que l'Ancien Régime et la Révolution pose : comment conserver la liberté dans un monde où tous les pouvoirs se concentrent, où les hommes se soucient principalement de l'égalité ?
Mais il rédige quand même son livre dans les années 50 ; après son bref passage au pouvoir, après sa rupture avec le prince-président, après l'installation définitive du Second Empire, il a plus de quarante-cinq ans, sa santé est déjà mauvaise, ses lettres montrent qu'elle était déjà gravement atteinte en 1853. Il reporte, dans l'oeuvre à laquelle il consacre désormais les forces qui lui restent, ses ambitions déçues, son expérience de la chose publique ; il l'étaye par la masse considérable de faits que ses recherches d'archives accumulent. En effet, il ne tient guère compte des livres - déjà innombrables - qui traitent de la Révolution ; mais il dépouille les actes de vente des biens nationaux, il prend «des peines infinies pour reconstruire en quelque sorte le cadastre de l'Ancien Régime».
Les mêmes années 50 - qui voient, avec la Révolution de Michelet, un des grands chefs-d'oeuvre de l'histoire événementielle et qui voient aussi l'édification de la doctrine marxiste - produisent, grâce à Tocqueville, le chef-d'oeuvre d'histoire non événementielle qu'est l'Ancien Régime et la Révolution.
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