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Auteur : Pascale Kramer
Date de saisie : 08/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-7152-2776-7
GENCOD : 9782715227767
Sorti le : 08/02/2007
Claire Lamarre - 01/06/2007
Xavier Brossard - 09/05/2007
Nathalie Brutiaux - 13/04/2007
Emma Barcaroli - 27/02/2007
Il y eut deux sonneries, puis un petit voyant rouge s'alluma sur le poste du séjour, comme une perle poussée aux reflets du jardin dans les vitres. Son père avait dû décrocher dans le bureau. Valérie attendit de savoir si c'était Justin, puis se retourna vers le rocher dont la présence lui causa une stupeur presque vierge.
Lendemain de déluge dans la villa californienne des parents de Valérie. Les éboulements ont dévasté la région. En équilibre instable, un gros rocher menace de,s'écraser dans le jardin. Venue aider pour le week-end, Valérie observe l'étrange comportement de sa mère effaçant méthodiquement les traces de la catastrophe sous l'oeil distrait de son mari. Si le danger qui plane sur la famille est bien réel, il vient d'autres séismes, plus intimes, déclenchés dans la matinée par le coup de fil annonçant l'accident de Cindy, la jeune fille qui garde les neveux de Valérie... et l'arrivée de son frère.
Pascale Kramer est née à Genève en 1961. Elle a publié sept romans dont Les Vivants, Retour d'Uruguay et L'adieu au Nord.
Sans un mot de trop, sans un temps mort, sans une hésitation : Fracas, le nouveau roman de Pascale Kramer, est comme la corde tendue d'un arc - avec ce que cela suppose de perfection et de violence potentielle. Violence, puisque le sujet de Fracas est la famille, ce «noeud de vipères», ce haut lieu névrotique que le roman moderne explore sans jamais en épuiser les maléfices...
La rigueur formelle et la froideur que s'impose la romancière donnent à son récit une tension surprenante, une sécheresse saisissante comme une gifle. Du grand art.
Un déluge, la Californie, une jeune fille dans le coma : voilà pour le décor et l'intrigue. Mais, dans ce nouveau roman de Pascale Kramer, le lieu comme les événements importent peu, ou si peu. Tout est à l'intérieur des personnages, dans leurs gestes, les mots qu'on laisse s'échapper, voire les non-dits...
Pascale Kramer sait visiblement que, dans ce genre d'histoires (il y a de l'adultère, des secrets, des tensions), à vouloir tout montrer, on finit par ne plus rien voir. Elle excelle dans l'esquisse des petits gestes et observe avec finesse un imperceptible relâchement des épaules, une veine battant à une tempe ou le tremblement nerveux d'un genou. Les portraits sont succincts - «Elle avait été belle et intense» -, mais cela suffit ; quelques mots, presque elliptiques, en disent plus long. Le reste n'est que littérature. L'étonnant est que ce texte dépouillé, ciselé à l'extrême, n'est pourtant pas dénué de lyrisme.
L'auteur de «Retour d'Uruguay», des «Vivants» et de «l'Adieu au Nord» est, en fait, l'un des plus singuliers et des plus talentueux écrivains d'atmosphère de la littérature d'aujourd'hui. Donc l'un des plus rares. On en veut pour preuve son nouveau roman, «Fracas», où Pascale Kramer livre une épure, à la fois intense et dépouillée, de sa promptitude à saisir les tensions entre les êtres et de son goût pour les ambiguïtés...
Rage, désolation, gâchis rongent les coeurs et y creusent de sombres hypothèses tandis que, littéralement, on sauve les meubles, hissés sur des parpaings. Il en va souvent ainsi avec les catastrophes : ce que la nature commence, c'est la peur qui le termine... Et l'intrigue va son chemin, comme une lézarde qui s'élargit. Un éblouissant exercice de style.
Le raclement d'un seau la fit revenir sur ses pas. Sa mère était levée, en bottes déjà, les cheveux à peine défroissés de la nuit. Elle regarda Valérie s'extraire prudemment du fatras agglutiné en travers des buissons. Dans la pelouse à côté de la piscine, une barrière bricolée en scotch brun et piquets de bambou délimitait une bande interdite dans l'exact prolongement de la masse de pierre. C'était l'oeuvre de son père. Comment cet homme qui avait vu souffrir tant d'enfants sous le froid dur de son stéthoscope avait pu conserver assez d'innocence pour penser qu'une bande de scotch suffirait à décourager l'imprudence ? Cette absurde construction devait irriter sa mère autant qu'elle. Pourtant elles ne se permettraient aucune ironie, tout comme elles ne s'embrasseraient pas, selon une habitude de retenue qui remontait à l'adolescence de Valérie et qui, en un sens, les rapprochaient.
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