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Auteur : Jean-Luc Gendry
Date de saisie : 08/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Grands romans
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-268-06106-1
GENCOD : 9782268061061
Sorti le : 08/02/2007
Paris, décembre 1942 : froid, faim, déportations, occupation de toute la France, bombardements, deux millions de français prisonniers ou travailleurs forcés en Allemagne, seules quelques grandes oeuvres du théâtre, de la littérature et du cinéma, permettent encore aux Parisiens d'échapper, pour un instant, à l'horreur du temps : la première de La Reine morte à la Comédie-Française sur laquelle s'ouvre ce récit, constitua l'un de ces moments de rémissions.
Major de Normale, ancien critique littéraire de L'Echo de Paris et de L'Epoque, Nicolas Charpentier, qui a cessé de préparer les messages du chef de l'Etat, reviendrait volontiers à sa première vocation si le drame national ne l'incitait à jouer de nouveau un rôle politique essentiel ; à favoriser d'utiles liaisons entre les principaux acteurs de la garde montante : Henri Frenay, Pierre Brossolette, Michel Debré, André Mutter, Jean Monnet ; et ceux de la garde descendante : Pierre Laval, René Bousquet, Jean Jardin, Lucien Romier et Jean Tracou.
Les confidences des uns et des autres font souvent apparaître des réalités plus complexes que celles retenues par l'histoire officielle. Des portraits saisissants, des entretiens étonnants de vérité, un style remarquable font de ce roman un ouvrage essentiel pour la compréhension de ces temps tragiques.
L'arrivée du général Hanesse, en spencer blanc, superbe, la poitrine bardée de décorations, du gros Schleier et de l'étrange Rahn, oriental et efféminé, abaissa pour quelques secondes le niveau du brouhaha mais il reprit de plus belle lorsque Micheline Presle, Madeleine Sologne, Jules Berry et Jean Tissier firent, très souriants, leur apparition. Oui, le Tout-Paris était là, heureux et fier de participer à la fête de ce grand lancement. On avait eu en d'autres temps l'Île-de-France, l'Atlantique et le Normandie avec son ruban bleu et l'on aurait demain, certains l'affirmaient, derrière La Reine morte, une flotte de chefs-d'oeuvre, une succession de tragédies qui porteraient le nouvel auteur au pinacle de l'art dramatique. Contre vents et marées, défaite et occupation, le siècle d'or de la littérature française allait poursuivre son cours, loin des massacres stupides qui détruisaient la plus belle civilisation jamais connue sous les cieux.
Lorsque les lumières s'éteignirent, le splendide vaisseau rouge et or connut avant les trois coups, cependant, une minute d'émotion exceptionnelle. Le premier acte surprit. Cette infante qui vient clamer sa douleur et réclamer justice de l'insulte faite à la Navarre, cet austère roi Ferrante qui prend la forme du destin, cette Inès de Castro, favorite de l'infant, tout amour et passion, ces affrontements forts et drus du coeur et de la raison d'État, de la tendresse et du cynisme royal, du machiavélisme des conseillers et de la noble complicité des deux femmes touchèrent profondément une salle qui retenait sa respiration. Devait-on deviner derrière le discours sévère du vieux souverain des allusions à ce que vivait alors la France ou devait-on suivre, sans arrière-pensée, cette évocation hors du temps des drames de tout pouvoir et s'abandonner à la magie d'un texte de haute qualité ?
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