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Auteur : Stéphanie Polack
Date de saisie : 01/02/2007
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 13.50 € / 88.55 F
ISBN : 978-2-234-05963-4
GENCOD : 9782234059634
Sorti le : 01/02/2007
Route Royale
«C'est alors qu'il remarque : le bord des cils humides, les paupières humectées et la rétine de l'oeil, l'âme à fleur d'être, luisante. Elle tourne un peu la tête, ses pupilles se dilatent, elles absorbent un point flou. Werner n'en revient pas. Le visage de cette femme, en cette seconde, l'effare. Juste un instant grave et fragile et lui qui n'en finira plus de la fixer. Il la reconnaît, il l'avait vue au tribunal, oui, rue de Cambrai, elle l'avait déjà sidéré : Constance Haroche. Il avait suivi son procès. Il se souvient de tout ; des chefs d'accusation et du verdict. Cette fille l'avait ému mais la cour, elle, ne l'avait pas épargnée. Werner la regarde. Il voudrait la toucher, effleurer son visage, sentir qu'il pourrait la meurtrir et ne pas le faire, la caresser.»
Stéphanie Polack est née en 1977 a Saint-Germain-en-Laye. Elle travaille dans l'édition. Route Royale est son premier roman.
Vif, ardent, sans détours ni prudence, Route royale frappe par sa sincérité...
Cru, parfaitement aiguisé, libre et inconvenant, ce premier texte est un coup de vent, de ceux qui bousculent et claquent les portes. Servi par la générosité de sa langue, précise et râpeuse, libérée de la «belle phrase», il révèle, à coup sûr, un joli tempérament d'écrivain.
Je reste plantée devant l'entrée de la maison d'arrêt. Dehors, tout m'impressionne. La lumière crue, le vent rêche; tout m'impressionne. Souffle coupé. Pores de la peau serrés. Tout est hostile, je ne bouge pas. Celui que j'aime est donc avec une femme qui l'écoute, le conforte ? lui caressant la peau, les regrets, elle lui dit «t'en fais pas» et l'aide bonnement la garce à négliger le fait que je sois là, à scruter la rue, comme une môme. David, tu m'avais dit qu'on irait à la mer... Je ne dois pas lui en vouloir, je sais. Prends soin de toi mon amour. Le cul dans ta tranquillité nouvelle, avale tant qu'il est chaud ton thé à la vanille, vous irez faire les courses après ; laisse-toi aller. Elle doit savoir y faire, laisse-toi aller. Jouis donc encore sans moi, si tendre, gémis la gueule ouverte et dans la bouche ou le vagin de ta consolatrice. Soulage-toi. Crève. La lumière et le vent sont là, je n'ai rien à carrer du reste. Je suis dehors. L'air froid m'exalte, me transit, l'air froid m'affecte tout entière. J'attrape mon sac et le porte, bien serré, à l'épaule. La brise m'oblige encore à plisser les paupières, à ne plus respirer. Dès que je ferme les yeux, je revois des images, dérisoires, happantes, dès que je ferme les yeux, des souvenirs m'avalent - bourrasque. Joie sourde. J'ai peur.
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