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.. Un roman russe

Couverture du livre Un roman russe

Auteur : Emmanuel Carrère

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : POL, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 19.50 € / 127.91 F

ISBN : 978-2-84682-182-7

GENCOD : 9782846821827

Sylvain Elie - 02/04/2007


Nathalie Bruthiaux - 22/03/2007


Joachim Salinger - 05/03/2007


  • Les présentations des éditeurs : 04/03/2007

La folie et l'horreur ont obsédé ma vie.
Les livres que j'ai écrits ne parlent de rien d'autre. Après L'Adversaire, je n'en pouvais plus. J'ai voulu y échapper. J'ai cru y échapper en aimant une femme et en menant une enquête. L'enquête portait sur mon grand-père maternel, qui après une vie tragique a disparu à l'automne 1944 et, très probablement, été exécuté pour faits de collaboration. C'est le secret de ma mère, le fantôme qui hante notre famille.
Pour exorciser ce fantôme, j'ai suivi des chemins hasardeux. Ils m'ont entraîné jusqu'à une petite ville perdue de la province russe où je suis resté longtemps, aux aguets, à attendre qu'il arrive quelque chose. Et quelque chose est arrivé : un crime atroce. La folie et l'horreur me rattrapaient. Elles m'ont rattrapé, en même temps, dans ma vie amoureuse. J'ai écrit pour la femme que j'aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans.
Il nous a précipités dans un cauchemar qui ressemblait aux pires de mes livres et qui a dévasté nos vies et notre amour. C'est de cela qu'il est question ici : des scénarios que nous élaborons pour maîtriser le réel et de la façon terrible dont le réel s'y prend pour nous répondre.



  • La revue de presse Astrid de Larminat - Le Figaro du 1er mars 2007

Le romancier Emmanuel Carrère explore son passé et combat ses démons. Et signe un chef-d'oeuvre. Emmanuel Carrère porte sur son visage les cicatrices de ses guerres intérieures. Celle qu'il mène depuis sept ans et qu'il relate dans le livre qui paraît aujourd'hui ne l'a pas épargné. Et pourtant, c'est un homme pacifié qui attend la publication d'Un roman russe, récit strictement autobiographique mais follement romanesque, rédigé à la première personne, où l'écriture et l'existence marchent de concert...L'auteur est immergé dans l'instant, ignorant du lendemain et du sens qu'aura finalement son texte, tout en étant conscient des forces à l'oeuvre et averti de l'issue de l'histoire. Cela donne une sorte de «work in progress» abouti. Saisissant...
Un roman russe est un livre à coeur ouvert, déchirant parce qu'il met en pièces les faux-semblants de l'ego. L'auteur effeuille jusqu'à leur racine ses propres gestes en les éclairant d'un jour souvent cruel pour son amour-propre. S'il y a un jour un Jugement dernier, nul doute que le poids de vérité contenu dans cet examen de conscience pèsera en sa faveur...


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, mars 2007

Un roman russe... c'est plutôt un roman français. «Un récit autobiographique», corrige immédiatement son auteur, le trop rare Emmanuel Carrère, avant de concéder : «Remarquez, mon livre est construit de façon romanesque. Mais tout est vrai, à l'exception de quelques broutilles.» Quant à la Russie, c'est moins une question d'hommage à Dostoïevski que de quête des origines. Rappelons-le : l'auteur de La classe de neige n'est autre que le fils d'Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française, ex- parlementaire européenne et spécialiste de la Russie - elle est fille d'immigrés -, qui fit scandale avec des propos malencontreux sur la crise des banlieues et la polygamie à la télévision moscovite. C'est à elle qu'Emmanuel Carrère dédie les huit dernières pages d'Un roman russe, dans une lettre affectueuse et violente, conclusion de ce livre-patchwork où l'écrivain livre sans fard quelques éléments de sa vie a priori disparates. Et pourtant...
C'est justement l'une des grandes réussites d'Un roman russe : parvenir à restituer la complexité d'un homme à travers des événements biographiques aussi distants. S'il explore toujours aussi bien l'identité et l'état d'un homme aux frontières de la folie, Carrère ose des scènes érotiques, magnifiques et sans le moindre tabou, placées au même niveau que la quête des origines.


  • La revue de presse Jérôme Dupuis - L'Express du 1er mars 2007

Pour bien donner le ton, il commence par une transgression. Sa mère, Mme la secrétaire perpétuelle de l'Académie française, lui avait expressément interdit de révéler un lourd secret de famille. Il passe outre. Le 10 septembre 1944, son grand-père maternel, Georges Zourabichvili, qui n'avait pas choisi le bon camp, est arrêté à Bordeaux par des hommes armés de mitraillettes qui l'embarquent dans une traction avant...
Emmanuel Carrère va poursuivre le fantôme de ses ancêtres russes jusqu'à Kotelnitch, un grand village à 800 kilomètres au nord-est de Moscou. Palissades de bois, faces de hooligans et bouleaux à perte de vue : Emmanuel Carrère décrit à merveille la déglingue postsoviétique...
Toutes ces poupées russes finissent-elles par s'emboîter et former une histoire ? Culpabilité, haine de soi, dépression, Un roman russe est un formidable exorcisme jeté sur la page. Il a le charme vrai de ces livres excessifs et imparfaits, humains, trop humains.


  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 1er mars 2007

Un roman russe est une autobiographie. Que fait-elle, sinon raconter des histoires ? Elles se chevauchent, s'éclairent, n'en font plus qu'une, tant et si bien que le livre devient une autoanalyse à ciel ouvert. C'est d'abord l'histoire d'un écrivain condamné aux morts, et qui veut s'échapper...
Il y a une quantité de registres éblouissante dans Un roman russe, une diversité à laquelle Emmanuel Carrère n'a pas eu recours dans ses précédents livres. Il y a des passages burlesques dans la maison de vacances familiale, avant que l'émotion prenne le dessus...
La psychanalyse et la littérature lui ont enseigné que les fantômes s'incrustent dans les familles pour les hanter sur plusieurs générations, et que les tabous, s'ils ne sont pas levés, empoisonnent. Un roman russe relie explicitement chaque obsession, et chaque ouvrage d'Emmanuel Carrère à l'aura de malheur qui entoure le grand-père.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 28 février 2008

Chacun des ouvrages, fictions pures ou récits, qui composent la bibliographie anxieuse et remarquable d'Emmanuel Carrère est comme un coup de sonde dans l'abîme. Une leçon de ténèbres, une incursion volontaire et entêtée dans l'opacité, l'obscurité sans contours ni fin où tâtonne et se débat l'intelligence, confrontée à l'illusion et à l'incertitude, à une vérité sur les êtres et sur le monde qui toujours se dérobe, se délite, se refuse...
Un roman russe est la nouvelle déclinaison, admirable, intimiste et émouvante, de ce questionnement obsédant. Emouvante car l'écrivain recherche et accepte ici un dévoilement, une mise en danger de lui-même inédite à ce jour. Cette vulnérabilité donne véritablement à son récit valeur de confession, au sens non pas religieux mais littéraire du terme - l'écriture, la représentation et la mise en ordre qu'elle suppose sont investies d'un pouvoir de catharsis, de purification, de «délivrance», écrit Emmanuel Carrère.


  • La revue de presse Jérôme Garcin - L'Express du 22 février 2007

Dans «Un roman russe», à paraître le 1er mars chez POL, l'écrivain, fils d'Hélène Carrère d'Encausse, révèle que son grand-père a été tué pour avoir collaboré avec les Allemands...
C'est son premier livre autobiographique. Un texte d'une force incroyable...
Jusqu'à maintenant, Hélène Carrère d'Encausse, la fille de Georges et la mère d'Emmanuel, avait gardé pour elle ce lourd secret. Que son fils le lève dans un livre lui est insupportable. Mais rien, ni ses cuites nombreuses ni ses séances chez le psy, n'arrêtera l'écrivain dans sa quête obstinée de la vérité, qui tourne vite au jeu de massacre...
«J'ai reçu en héritage l'horreur, la folie et l'interdiction de les dire. Mais je les ai dites. C'est une victoire.» Et c'est désormais un livre dostoïevskien, rouge et noir.


  • Les courts extraits de livres : 25/03/2007

Ça ne peut que la faire penser à l'histoire du Transsibérien que je lui ai racontée au restaurant thaï de Maubert où nous avons dîné ensemble, le premier soir. Pourtant, je suis euphorique, je lui explique qu'aujourd'hui je me suis mis à parler russe, que je vais continuer, m'y remettre sérieusement, que c'est aussi important pour moi que de l'avoir rencontrée, et d'ailleurs que la succession rapprochée de ces deux événements n'est pas un hasard. Je lui raconte mon rêve du train, en insistant de façon un peu pâteuse sur la promesse de libération qu'il contient et en glissant, par contre, sur Mme Fujimori car bien que je connaisse Sophie depuis moins de deux semaines j'ai déjà remarqué combien elle est jalouse. Je pensais en l'appelant qu'il serait tard de son côté, qu'elle serait couchée peut-être, nue, prête à se caresser à ma demande, mais je me suis embrouillé dans le décalage horaire, en fait il est sept heures à Paris et elle est encore au bureau. Au début de la communication, elle se demandait si je n'étais pas en danger, mais elle comprend maintenant que je suis simplement soûl, exalté, on peut même dire heureux, et que le fond de l'affaire c'est que je l'aime. Elle se met alors à me parler de ma queue, à me dire que vraiment elle aime ça, les queues, et qu'elle en a quand même connu pas mal, mais que c'est la mienne qu'elle préfère de toutes et qu'elle aimerait beaucoup que je la lui mette et qu'à défaut je me mette à me branler. De son côté, elle a fermé la porte de son bureau et glissé la main sous sa jupe, sous son collant, sur sa culotte. Elle effleure le tissu, du bout des doigts. Je pense aux merveilleux poils blonds que comprime sa culotte, mais je suis obligé de dire qu'en ce qui me concerne il est exclu que je me branle dans l'immédiat : ma description du décor était strictement réaliste, je vois à tra­vers la vitre Sacha et le bonhomme qui se cherchent patiemment querelle, ils peuvent me voir aussi, il faudra que j'attende d'être rentré à l'hôtel. Il n'y a pas de chauffage et les draps semblent si sales que j'hésiterai à m'y glisser, je m'apprête donc à dormir tout habillé, en entassant tout ce que je pourrai trouver comme couvertures, mais je promets de me branler quand même et c'est, de retour, ce que j'ai fait.


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