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«Dans le même temps, au Vatican, une automobile noire s'arrêta devant le grand portail de bronze. Il pleuvait sur le palais avec cet acharnement que le ciel réserve aux lieux qu'il a décidé d'effacer de la carte.»
«L'inconnu se trouvait là, comme si à l'instant, la nature venait de le mettre au monde.»
«Il mangeait chaque mot, très lentement, tous les mots, les laissant fondre sur sa langue. Il bougeait courbé sur le livre, les bras serrés contre les hanches, et s'il humectait ses doigts, il les portait toujours à ses lèvres, verticalement, comme s'il rompait du pain béni en petits morceaux, attentif à n'en point perdre une miette.»
Nicolas Carrillo-Lopez nous offre ici un grand récit fantastique, un jeu intellectuel semé de neuf histoires entremêlées qui n'en font qu'une. La vigueur du style et la liberté donnée aux personnages créent un monde unique aux multiples horizons.
Le lecteur sera irrésistiblement entraîné aux confins de sa propre imagination, dans le tourbillon d'un univers incroyable dont il ne connaîtra le sens qu'à la fin de la dernière page.
Dieu est une poupée russe et le Diable est un rêve. Le Hasard est fatal et le Destin est hasardeux. La Fin est le Début et le Commencement est inéluctablement happé dans les conséquences mêmes du temps.
L'imagination, dans toute sa plénitude, contient déjà toutes les vérités auxquelles nous voulions croire.
Les courts extraits de livres : 27/02/2007
La lutte opiniâtre qu'elle menait pour arriver au dernier livre s'écrivait dans sa chair. Coupures, brûlures, bourrelets cicatriciels racontaient ce combat de chaque instant. Il lui suffisait de regarder son corps meurtri et ses mains décharnées pour se souvenir. La peau de ses doigts, usée par ce travail titanesque, partait en lambeaux.
Puis comme tous les soirs, la femme sombra dans une nuit noire et transparente. Elle tomba dans une léthargie fiévreuse entrecoupée de cauchemars qui lui faisaient voir des armées de rats assaillant son livre de tous les côtés et lui arrachant six lambeaux de chair vive. De nombreuses bougies, éparpillées, illuminaient la pièce. La cire gouttait sur le sol, sur les livres. Un courant d'air agitait la lumière orangée qui régnait autour d'elle.
Le matin suivant, une angoisse lancinante l'escorta dans son sommeil jusqu'au lever du jour. Elle ressentait une sourde anxiété. Elle était la proie sans défense d'idées fixes, d'obsessions torturantes : la crainte de l'échec.
Puis soudain, elle se réveilla haletante et trempée de sueur. Elle étreignit fermement son livre, se leva immédiatement d'un pas rapide, et se précipita à la fenêtre. Dehors, l'homme était toujours là. Sa sensibilité maladive déformait sa perception du monde et la plongeait dans un état d'inquiétude permanent où les présages paraissaient plus crédibles que les témoignages de ses sens.