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Auteur : Ivan Vladislavic
Traducteur : Christian Surber
Date de saisie : 15/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Zoé, Carouge, Suisse
Collection : Ecrits d'ailleurs
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-88182-578-1
GENCOD : 9782881825781
Sorti le : 15/02/2007
Les limites de Johannesbourg dérivent au loin, glissent par-dessus des crêtes et des vallées intouchées, s'arrêtent un instant dans des abris précaires puis se remettent en route. À la marge, là où la ville se fond provisoirement dans le veld, se développent des environnements nouveaux que personne n'aurait pu imaginer.»
Dans l'Afrique du Sud d'Ivan Vladislavic, tout est en reconstruction, des bâtiments pour les petits revenus aux lotissements de luxe sécurisés. Il en est de même des relations sociales : tout est à réinventer. La ségrégation d'autrefois a bel et bien disparu, mais il reste un rapport malaisé entre les différentes populations qui composent le pays. Quatre histoires se déroulent, liées par leur décor, la périphérie de Johannesbourg, qui devient ainsi le personnage principal de ce roman, tout en laissant aux protagonistes de chair assez d'espace pour se débattre dans les tourments de l'amour, de l'incertitude et de la création.
Malgré des thèmes pessimistes, la fantaisie ludique, la verve satirique et la drôlerie de Vladislavic emportent le lecteur.
Ivan Vladislavic vit à Johannesbourg et travaille dans l'édition, où il a collaboré avec les plus grands écrivains contemporains d'Afrique du Sud. Son oeuvre témoigne d'une nouvelle approche littéraire dans ce pays dont il dit : «Quand un homme a perdu une part de lui-même, il se pourrait bien qu'il incombe à l'artiste de la lui restituer.» André Clavel écrit à son propos : «Vladislavic veut arracher sa patrie à ses tourments en lui offrant un supplément d'âme : pas étonnant qu'il soit si spirituel.»
S'agissait-il d'un Nigérian ? C'était le moment d'apprendre leurs signes distinctifs. Un soir, après le travail, un de ses amis de la banque lui avait donné des cours intensifs d'ethnographie, autour d'une bière prise chez Baron et Farrier, un pub sur Old Jobourg Road. Warren et lui s'étaient assis dans une alcôve, parlant d'abord à voix basse comme s'ils avaient dû avoir honte d'aborder un tel sujet, avant de se tordre de rire quand ils prirent conscience de ce qu'ils faisaient. «De petites oreilles ?» «C'est ce que je viens de te dire. De petites oreilles, collées au crâne et délicates, comme un hamster.» Et quel était le but de cet exercice ? Depuis qu'il avait été rendu attentif à leurs caractéristiques - la façon dont les cheveux bouclaient ou la nuance particulière du teint, l'angle d'une pommette ou d'une mâchoire, le sillon d'une lèvre, l'inclinaison d'un oeil, la taille d'une oreille - il lui semblait qu'il y avait des Nigérians partout. Il avait commencé à distinguer des Mozambicains, aussi, et des Somalis. C'était l'inverse du vieux stéréotype : ils avaient tous l'air différent à ses yeux. Des étrangers de tous côtés. Les immigrants seraient-ils devenus plus nombreux que les indigènes ? Était-ce possible ? Il n'existait pas de statistiques fiables.
Arrivé à ce point de sa carrière, Budlender avait été contraint de combiner une passion pour les statistiques, si on pouvait appeler ça comme ça, avec un intérêt professionnel pour l'immigration. Détaché de la Banque pour le Développement par les Services de la Statistique, il aidait à reformuler les questionnaires destinés au recensement national : ceux qui avaient servi au recensement de 1996, le premier décompte non racial de l'histoire du pays, avaient ahuri la moitié de la population. Pour garantir que la nouvelle version serait compréhensible pour tout un chacun, comme le voulaient les directives, les responsables du projet avaient enrôlé un groupe de personnes pour y répondre, des gens d'origines diverses (on avait essayé d'éviter les anciennes catégories de «race» et de «groupe de peuplement») et choisis dans toutes les tranches de revenus (les rubriques «riche» et «pauvre» avaient également été laissées de côté). Cela faisait maintenant des mois qu'il faisait la navette entre le Comité de Documentation et les gens qui composaient l'échantillon qui lui avait été assigné, peaufinant les questions, trimballant à l'aller et au retour des brouillons revus et corrigés. Il roulait, il ne faisait que rouler.
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