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À l'extrême droite, plus qu'ailleurs, les mots sont des armes pour le combat politique. Ces mots sont particuliers : soit parce qu'ils sont inventés pour fustiger un ennemi («Ripoublique», «établissement», «sidaïques»), soit parce qu'ils prennent un sens spécial dans la bouche des tribuns incarnant ce mouvement («crise», «déclin», «immigrés»).
En analysant le sens et les sous-entendus du discours de l'extrême droite, mais aussi en décrivant les organisations, les partis, en relatant les parcours des leaders et des hommes de l'ombre ou en expliquant les positions sur les problèmes du moment (Irak, chômage, culture, terrorisme...), ce dictionnaire permet de mieux comprendre les ressorts et les ambitions d'une famille politique qui espère, plus que jamais, revivre le «miracle» du 21 avril 2002.
Sous la direction d'Erwan Lecoeur, auteur de Un Néo-populisme à la française, Trente ans de Front national, ce dictionnaire a été rédigé par une équipe de spécialistes composée de Jean-Yves Camus, Sylvain Crépon, Nonna Mayer, Marie-Cécile Naves, Birgitta Orfali, Bernard Schmid et Fiammetta Venner.
Les courts extraits de livres : 07/03/2007
Des revanchards aux collaborateurs
La IIIe République semble devoir s'installer durablement après les convulsions de la défaite contre la Prusse et de la Commune. Cependant, dans un contexte «revanchard» contre l'Allemagne, elle va susciter une tenace opposition à son endroit de la part d'une extrême droite nationaliste puis fascisante, avant de laisser la place au régime de Vichy.
1881-1906 : boulangisme et affaire Dreyfus. Le boulangisme désigne un courant politique qui s'est amorcé, à l'initiative du général Boulanger, à la suite d'une crise économique démarrée en 1881 et qui fait de nombreux mécontents parmi les ouvriers, les agriculteurs et les milieux d'affaires catholiques. La situation d'instabilité ministérielle qui en découle, ajoutée à plusieurs scandales financiers, permet à l'opposition populiste et antiparlementaire, incarnée par Georges Boulanger, ministre de la Guerre entre 1886 et 1887, de s'exprimer. Ce dernier se montre favorable à des mesures sociales et affiche un farouche nationalisme antiallemand. Pour ces raisons, il séduit les bonapartistes comme les royalistes antirépublicains. Le boulangisme vit ses heures de gloire jusqu'en 1889. Avec lui, le système parlementaire a montré ses faiblesses et le nationalisme se fixe durablement à droite (ligue des Patriotes) - ce que l'affaire Dreyfus amplifiera.
L'épisode de l'affaire Dreyfus (1894-1906) fait partie des événements marquants de l'extrême droite française, qui n'a d'ailleurs cessé, depuis, de raviver son souvenir. Il marque l'un des moments les plus vifs de l'expression de l'antisémitisme de droite allié au patriotisme revanchard (antiallemand) et du rejet des élites montantes et du parlementarisme. L'affaire Dreyfus fragilise la IIIe République et jette les bases d'une volonté de revanche des antirépublicains, qui trouvera son expression dans la montée des ligues, partis et mouvements réactionnaires des années 1930 puis dans le gouvernement de Vichy.