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La femme de l'Allemand

Couverture du livre La femme de l'Allemand

Auteur : Marie Sizun

Date de saisie : 31/07/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Arléa, Paris, France

Collection : 1er mille

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 2-86959-767-3

GENCOD : 9782869597679

Sorti le : 01/03/2007

Marion vit seule avec sa mère dans le Paris de l'après-guerre. Son père ? Un allemand disparu en 1944. Un secret dont la mère, Fanny, ne veut pas parler, mais dont elle lâche des bribes. Quand elle en parle Fanny dit «ton père», jamais de nom. "Elle a raison, un nom, c'est inutile quand on existe pas. Alors pour toi, ton père, c'est l'Allemand. Tout simplement".
C'est Marion qui est la narratrice, elle raconte cette histoire à la seconde personne. "Tu ne te demandes pas, à cette époque, pourquoi vous êtes seules. Pourquoi Fanny n'a pas d'amis. Aucun. Aucune. Elle dit seulement qu'elle se trouve bien avec toi, que les gens l'ennuient". Au début, au commencement de leur vie rue Saint-Antoine, rien ne semble inquiétant à Marion, rien ne l'effraie dans le comportement de sa mère. Elle est une petite fille heureuse.
Lorsqu'elle a sept ans les choses changent. Fanny est bizarre, elle parle trop, trop fort. Elle se lève la nuit, lave du linge, laisse l'eau déborder comme à plaisir. Elle chante, enchaîne une chanson après l'autre, sans s'arrêter. "Tu as peur. Peur de cette voix. Peur du mystère. Peur de l'ailleurs qui est là. En Fanny. Autour d'elle".
Avec le temps Marion apprendra que sa mère est maniaco-dépressive. Les crises se font plus fréquentes. La situation se renverse : la mère, par son comportement, devient fille. Mais il y a encore de beaux moments de complicité, par exemple lorsque mère et fille vont au cinéma ensemble ; là Marion retrouve le goût du bonheur d'antan.
Lorsque sa mère est hospitalisée Marion vit dans le monde de la normalité, froide, ennuyeuse, chez ses grands-parents maternels, rue de Suffren, qui se font appeler «oncle» et «tante», ne parlent jamais de Fanny mais éprouvent une véritable affection pour Marion.
Avec l'aggravation de la maladie de sa mère, Marion va devoir choisir. Entre le monde de la normalité et celui de la folie, Marion opte douloureusement pour celui de la normalité, pour survivre, se sauver.
Plus tard, elle s'en voudra de n'avoir pas mieux écouté et aidé sa mère. Que pouvait-elle faire lorsque le temps de la vraie folie est arrivé ? Sans doute rien. Mais malgré tout le sentiment de culpabilité la hante.
Tout ceci est raconté avec une écriture sans effets, d'une grande délicatesse. Impossible de lire ce livre magnifique sans être emporté par l'émotion.
Par l'auteur du poignant "Le Père de la petite" (Arléa.)


Claire Lamarre - 09/05/2007


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Le monde de la petite Marion vacille.
Elle aime sa mère, Fanny, mais une dissonance s'installe dans leur relation.
Une voix un peu trop haute, des emportements inexplicables, un silence embarrassé à propos de ce père allemand dont Marion ne sait rien ou presque.
Avec le temps, Marion apprend : Fanny est maniaco-dépressive.
Les rôles s'inversent alors. L'adolescente endosse cette raison qui doucement quitte sa mère. Elle la protège, la couvre en taisant ses excès. Mais l'amour ne suffit pas pour terrasser la folie.

Nous retrouvons dans ce texte magnifique et douloureux le talent que Marie Sizun a déployé dans Le Père de la petite pour dire avec émotion et pudeur l'amour qui rapproche et sépare les êtres.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Au début de cette vie recommencée entre elle et toi, il ne se passe rien d'inquiétant, semble-t-il. Tu n'as pas le souvenir d'événements pénibles. Des mois et des mois, quelques années, sans l'image de rien d'effrayant.
Tu prends le petit déjeuner avec elle ; c'est à Paris, dans le petit appartement de Saint-Paul où vous vivez maintenant ; vous êtes attablées près de la fenêtre ouverte ; il fait très clair - souviens-toi comme il fait clair, essaie de retrouver cette clarté, ce bonheur -, ce doit être le printemps, ou l'été ; le soleil vient glisser sur la nappe, sur la théière, sur sa main à elle en train de te servir ; et cette lumière mouvante, le petit bruit du thé versé dans la tasse, la rumeur gaie du matin qui monte de la rue Saint-Antoine, tu trouves cela beau, et tu rêves un peu. Alors, elle te pose une question de sa voix douce - la voix rassurante des jours où l'on ne songerait pas à écarter sa main de la sienne, la voix qui est celle de ta mère, la vraie ; l'autre, tu l'as oubliée, tu crois l'avoir oubliée. Elle répète sa question. Tu la regardes, et tu reviens sur terre ; elle rit de ton air étonné. Elle te demande, comme elle le fait souvent, à quoi tu rêvais. Raconte, dit-elle. Et tu racontes. Elle t'écoute, et tu aimes raconter. Lui raconter. Elle t'écoute de toute son âme, de ses grands yeux clairs ouverts sur toi. Elle dit qu'elle aime ce que tu as dans la tête. Tes histoires. Elle dit que les histoires des enfants sont les plus belles.


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