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Le malaise qui prête son titre au livre résume le sentiment du narrateur au contact de ses semblables. Portrait d'humeur de la Chine d'aujourd'hui, satire pure, exercice de défoulement, où chacun en prend pour son grade. Le jeune héros, Yitong, juste diplômé d'anglais de l'université la plus prestigieuse de Chine, - Beida, l'université de Pékin - commence pour son premier emploi à travailler dans un ministère où tasses de thé, lecture de journaux et petites vacheries des collègues dominent cet univers. Dans cette typique danwei chinoise, les interprètes d'anglais ne connaissent pas la langue de Shakespeare et ne supportent pas que l'un de leurs collègues, surtout plus jeune, soit plus compétent qu'eux. Dès lors, Yitong a l'impression de mener une existence sans soleil qui pour lui est le support de la vie, et il découvre l'hypocrisie qui, en fin de compte, régit la société.
Avec la sagacité d'un moraliste et la distance que lui confère sa connaissance de l'étranger, Laoniu épingle les travers de ses compatriotes.
Né en 1966 à Pékin, Laoniu est le pseudonyme d'un jeune écrivain diplômé du département de littérature française de l'Université de Pékin en 1989. Pentium III son second roman est paru en Chine en poche, 2002.
Les courts extraits de livres : 07/03/2007
J'en étais à la recette du compost artisanal pour les fleurs, à base de bière et de fiente d'oiseau, quand un bruit violent et strident de chaises qui grincent résonna brusquement dans le bureau, évoquant l'agonie d'un rafiot dans la tempête. Les chaises du chef de département/ du chef adjoint de département / du chef de section / du chef adjoint de section n'étaient au bout du compte pas mieux loties que la mienne et se plaignaient à n'en plus finir dès qu'on remuait une fesse.
«Ça exerce notre capacité de concentration. (C'est en ces termes que quelques jours plus tard le chef de département m'expliqua pourquoi les chaises du bureau faisaient autant de bruit.) Au début, les chaises étaient en bon état, l'inconvénient, c'est qu'une fois assis dessus on n'arrivait pas à fixer son esprit. On pouvait tourner la tête comme une girouette sans faire le moindre bruit. Et le rendement s'en ressentait. Au bout de trois semaines de réflexion, j'ai trouvé la solution. C'est mon épouse qui m'en a donné l'idée. À la maison, toutes les chaises sont déglinguées, pourtant elle ne peut pas se décider à les changer. Quand on s'assoit dessus pour regarder la télé, elles n'arrêtent pas de grincer, et la plupart du temps on n'entend rien de ce qui se dit dans le poste. Comme mon épouse ne veut pas monter le son, par peur de gâcher l'électricité, je reste assis sur ma chaise sans bouger. Finalement, je me suis dit : Le voilà le moyen de ne pas se laisser distraire ! J'ai donc renvoyé à l'intendance les chaises en bon état, et j'ai pris en échange les vieilles dont personne ne voulait. Et ça a marché du tonnerre ! Avec ces vieilles chaises, dès que ton attention se disperse, dès que tu bouges, tu en as plein les oreilles. Personne ne se risque à faire un mouvement de trop, de crainte de déranger les autres. Du coup, on peut se concentrer sur son travail.»