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L'amour demeure pour la plupart des individus une aventure, une énigme et une confrontation : aventure de la rencontre, énigme de la sexualité, confrontation entre l'attente des corps et les exigences de la chair.
En s'attachant aux discours sur l'amour - celui construit par Freud mais aussi celui de la Bible et du Coran, de Shakespeare, de Baudelaire ou de Bataille, Jean-Michel Hirt dévoile une perspective érotique nouvelle, qui rassemble la sensualité et la tendresse, mais aussi le troisième courant méconnu, souvent occulté - qui irrigue la vie amoureuse : la cruauté.
Insolemment, l'amour dérègle les boussoles de l'identité sexuelle et disperse les illusions narcissiques. La question est de savoir jusqu'où chacun est capable d'aller dans le voyage auquel il invite.
Jean-Michel Hirt est psychanalyste, membre de l'Association psychanalytique de France et professeur de psychopathologie à l'université de Paris XIII.
Les courts extraits de livres : 07/03/2007
La mise en pièces du corps de la princesse de Lamballe
Une séquence de la Révolution française témoigne de ce que la rencontre entre le corps et la chair a d'insupportable, car elle manifeste ce défi que la nudité féminine aurait le pouvoir d'afficher avec le plus d'intensité. Le supplice de la princesse de Lamballe, le 3 septembre 1792, est révélateur de l'acharnement à mettre en pièces une femme, faute de supporter la complexité des sentiments qu'elle inspire. Aucun homme dans cette période sanglante n'aura été maltraité de cette sorte. Tous les récits royalistes ou républicains autour de sa mort insistent sur le démembrement qu'elle aurait subi, au moins dans l'imagination des contemporains : coeur arraché, sein déchiré, sexe découpé, tête tranchée, main coupée. A travers elle, une féminité déroutante est stigmatisée et le féminin présenté comme une combinaison d'organes et d'accessoires dénombrables. La fureur destructrice de ceux qui veulent manger sa chair et violer son cadavre traduit leur rage : en la dépeçant, ils échouent à mettre au jour «ce pauvre mystère de femme», comme l'écrit avec finesse Michelet dans son Histoire de la Révolution française.
La culpabilité supposée de la princesse repose sur son amitié pour la reine Marie-Antoinette, la haine lubrique que cette dernière inspire à la populace et la réputation de saphisme qui les entoure. «Deux des cannibales, écrit Stefan Zweig dans son livre loué par Freud, Marie-Antoinette, traînent le corps nu par les jambes, un autre brandit dans son poing des viscères sanglants, un quatrième porte au bout d'une pique la tête d'une pâleur verdâtre. Ils annoncent qu'ils veulent monter dans la tour [du Temple] avec ces trophées pour obliger la reine à embrasser la tête de sa grue.»