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Auteur : Abha Dawesar
Traducteur : Isabelle Reinharez
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. Héloïse d'Ormesson, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-35087-049-6
GENCOD : 9782350870496
Hélène Lausseur - 15/05/2007
Agathe L'huillier - 15/03/2007
Sylvain Elie - 15/03/2007
Dehli, années 1990. La violence des castes déchire le pays, les étudiants s'immolent lors de manifestations contre le gouvernement.
Elles sont trois - une lycéenne, une divorcée, une bonne - à graviter autour de Babyji, petite lolita indienne qui, inspirée par ses cours de physique quantique, conjugue la passion du savoir avec le plaisir des sens. Au travers du jeu des possibles entre ces femmes que tout devrait séparer, c'est l'Inde moderne - loin du folklore et des clichés -qui est décodée.
Roman initiatique aux accents érotiques et subversifs, Babyji témoigne de l'émergence d'une nouvelle vague indienne.
Née en 1974 en Inde, à Delhi, Abha Dawesar est diplômée de Harvard.
Elle a travaillé dans la finance à New York avant de se consacrer à l'écriture. Elle vit entre Dehli et Paris et vient d'être élue par India Todaj, le premier magazine du pays, comme l'une des vingt-cinq personnalités de l'année.
Un livre-culte où la jeunesse indienne est dévoilée.
Abha Dawesar est une jeune Indienne qui vient de publier, dans l'effervescence du récent Salon du livre consacré à l'Inde, un roman intitulé Babyji, qui raconte (entre autres) l'éveil sexuel d'une adolescente de New Delhi, Anamika...
Avec sa charmante crudité, qui en ferait une sorte de Houellebecq des jeunes filles en fleurs (Houellebecq que Dawesar lit en français, ainsi que Duras), Babyji évoque aussi les héroïnes de l'auteur de bandes dessinées américaine Alison Bechdel. Même gaucherie, mêmes questionnements prises de tête, même obsession de la «chose»...
En arrière-plan de ces affaires intimes se dessine le Delhi des années 90, époque à laquelle se situe le roman. Un monde où une jeune fille qui appelle un homme par son prénom, fût-il le père de son meilleur ami, commet un sacrilège ; un monde où il est normal que les domestiques, quand ils sont conviés, et c'est rare, à partager le thé avec la famille, s'asseyent par terre ; un monde où l'arrivée d'une loi instaurant des quotas pour les basses castes provoque des immolations des membres des hautes castes.
Libre" : voilà le mot qu'Abha Dawesar pourrait afficher non seulement au fronton de ses livres, mais à celui de sa vie. Née en 1974, cette jeune Indienne originaire de New Delhi ne tient pas spécialement à enfreindre les règles, pas plus qu'elle ne se cantonne dans une posture agressive. Simplement, elle a décidé une bonne fois pour toutes que son comportement et son écriture ne seraient pas dictés par les interdits et les cloisonnements de la société dont elle est issue. Telle est aussi Anamika, surnommée Babyji, la jeune héroïne de son livre. A travers l'initiation sexuelle (et surtout homosexuelle) de cette adolescente intrépide, Abha Dawesar décrit à la fois son pays et les changements qui le travaillent, derrière son apparent immobilisme...
Son point de vue, comme celui de son héroïne, est toujours à la fois proche, enthousiaste, intense et en même temps distancé. Dans le cas de Babyji, c'est le savoir livresque qui joue le rôle d'un levier. La mécanique quantique ou le principe d'incertitude de Heisenberg sont les éléments qui permettent à la jeune fille d'analyser le monde et de sortir du schéma imposé par la société autour d'elle.
A VELO LE SAMEDI
Avant de partir chez Linde, le lendemain matin, je me rongeai les sangs pour savoir comment j'allais m'habiller. Pour la plupart, mes vêtements faisaient encore très petite fille. Je choisis ma chemise de garçon rayée et un jean. J'enfilai des chaussures noires de modèle masculin, m'appliquai dans le cou un peu d'Old Spice chipé dans les affaires de toilette de mon père, et enfourchai mon vélo. J'y allai à dix heures car elle ne m'avait pas dit quand passer. Neuf heures me semblait trop tôt pour un samedi. J'avais l'estomac noué, et le dos terriblement contracté.
Linde était superbe et elle m'attendait. J'avais la langue coincée au fond de la gorge. Ce qui rendait les échanges polis quelque peu malcommodes. Quand elle proposa de me préparer un café glacé, je la suivis à la cuisine et à sa demande sortis les glaçons du frigo. Nous emportâmes nos grands verres dans la véranda, à l'arrière de la maison. Je m'assis sur le sol cimenté, les épaules contre les pieds de son fauteuil de jardin en rotin. J'avais peur de me retourner et de croiser son regard. J'étais gênée par mes pensées de la veille au soir. Peu importait que j'aie dégrafé les corsages de toutes les autres femmes. Avec Linde seulement cet acte avait quelque chose d'indécent.
Nous discutâmes de mon école et de son fils pendant un petit moment. Jamais encore je n'avais abordé un sujet de cette façon avec une grande personne. Mes parents, leurs amis et mes professeurs me traitaient comme une gamine, mûre certes, mais tout de même. Linde me parlait comme à une adulte.
- Où est votre fils, m'informai-je.
- Tant qu'il n'aura pas changé d'école, il restera chez son père. Elle était divorcée, et nous étions seules. Ces deux faits provoquèrent en moi une excitation irraisonnée.
- Combien de temps peux-tu rester ? demanda-t-elle.
- Environ une heure.
Je faisais toujours une heure de vélo le samedi matin. Si je m'étais attardée davantage, ma mère m'aurait à coup sûr demandé où j'étais.
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