L'épistémologie sociale est une analyse de la dimension sociale de la connaissance. Son point de départ est le constat que bien des phénomènes ne nous sont connus que par l'intermédiaire des autres et donc que la connaissance a non seulement des sources directes, celles auxquelles le sujet a lui-même accès, mais aussi des sources indirectes reposant sur la confiance ou sur l'autorité accordée à autrui. Elle s'intéresse donc aux conditions de la transmission de l'information venant d'autrui, et aux relations de confiance et d'autorité épistémiques, notamment dans le domaine des sciences.
Mais ses préoccupations sont plus larges et concernent tout ce qui a trait à la dimension sociale de la connaissance : la construction, au cours d'interactions, de justifications recevables ou acceptables; les modes ordinaires de pensée et de raisonnement; ou encore les relations de coopération et de collaboration dans une «communauté épistémique». De plus elle reprend des questions qui étaient au coeur de la théorie durkheimienne de la connaissance, celle par exemple des croyances collectives, ou l'idée d'un sujet collectif du savoir. Par là elle se rapproche des social studies of science, tout en s'en distinguant par l'adoption d'un point de vue normatif et par le refus du relativisme.
Ce volume présente un ensemble de recherches représentatives de ces différentes préoccupations. Elles ont en commun de reconnaître la spécificité de l'idée de normes de la connaissance, et, s'agissant de concevoir la dimension sociale de celle-ci, de se garder des formes radicales de holisme, pour lesquelles les groupes sociaux sont des entités sui generis.
Les courts extraits de livres : 10/03/2007
De la même façon que la théorie individualiste de la connaissance est concernée par les processus qui permettent à un individu d'atteindre une croyance vraie, l'épistémologie sociale est concernée par l'organisation des communautés de détenteurs de connaissances et par les processus qui ont lieu parmi ces détenteurs de connaissance et à l'intérieur des communautés qui permettent l'acquisition à la fois collective et individuelle de croyances vraies.
Considérons par exemple le problème de la formation du consensus. Les communautés qui mettent en place des traditions de standards indulgents pour l'adoption de propositions faites par une partie de leurs membres ont plus de chance de laisser passer des croyances fausses que celles qui s'appuient sur des standards plus exigeants. De la même façon, les communautés qui exigent des contrôles indépendants de telles propositions auront tendance à gaspiller des efforts cognitifs de qualité. Où doit-on mettre le curseur ?
Nous avons ici un problème d'optimisation bien défini qui peut être traité précisément en faisant des hypothèses sur les capacités cognitives des individus et sur les positions qu'ils occupent au sein de la société. Dans la mesure où nous pouvons faire des suppositions réalistes sur les capacités cognitives et les relations sociales dans les communautés réellement existantes, nous pouvons expliquer, évaluer, et en principe améliorer notre performance épistémique collective. De la même façon, les standards des institutions de la connaissance peuvent se soumettre à des analyses critiques précises.
Les considérations du dernier paragraphe suggèrent une façon de penser les exigences de la connaissance qui nous permet de désamorcer une objection importante.