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Auteur : Michel Ostenc
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Démocratie ou totalitarisme
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 2-268-06115-9
GENCOD : 9782268061153
François Attia 100407 - 12/04/2007
Alban Guyon - 12/04/2007
Le 11 janvier 1944, dans l'aube froide d'un petit matin blême, le comte Galeazzo Ciano est ligoté sur une chaise et fusillé dans le dos, comme les traîtres, par un peloton de fascistes de la République sociale de Salò. Ciano est le gendre de Mussolini, mais celui-ci n'a rien fait pour le sauver des griffes de ses séides les plus fanatiques.
Étrange destin que celui de cet homme assassiné à quarante et un ans. Engagé très jeune dans le mouvement fasciste, il épouse la fille du Duce qui en fait le chef de sa propagande avant de le promouvoir aux Affaires étrangères. D'abord partisan puis artisan de l'alliance avec l'Allemagne nazie, Ciano découvre peu à peu, avec stupeur et dégoût, l'arrogance, la vulgarité et les ambitions délirantes des dirigeants nazis. Il va, en 1939, tenter de désengager l'Italie de cette alliance désastreuse afin de l'empêcher d'entrer dans une guerre pour laquelle elle n'est absolument pas prête. Mais il échoue. S'il a toujours été hostile à la démocratie, il cesse alors d'être fasciste, opte pour un conservatisme autoritaire et s'oppose à Mussolini, ce que les fascistes, partisans affichés du totalitarisme, ne lui pardonneront pas.
C'est cette figure oubliée et pourtant symbolique des enjeux de l'entre-deux-guerres - entre démocratie, totalitarisme et autoritarisme - que restitue ici Michel Ostenc dans une biographie extraordinairement documentée et pleine de nuances.
Michel Ostenc est professeur d'université et l'un des meilleurs spécialistes de l'Italie contemporaine à laquelle il a consacré de nombreux travaux dont Intellectuels italiens et fascisme 1915-1929 (Payot, 1983).
Qui connaît encore le comte Galeazzo Ciano (1903-1944) ? Ministre de la Propagande (1934) puis des Affaires étrangères (1936) de Mussolini, Hitler disait de lui : «C'est un danseur de café viennois», et un dignitaire fasciste en faisait l'incarnation du «narcissisme politique». Et pourquoi tirer de l'oubli ce personnage qui, à la différence des proches de Hitler - Himmler, Goebbels, Ribbentrop... - semble n'avoir laissé aucune trace ? La biographie érudite et nuancée que lui consacre Michel Ostenc, spécialiste de l'histoire italienne, nous dévoile que le destin singulier de Ciano éclaire plusieurs pans de la réalité fasciste. Car Ciano n'est pas qu'un ministre parmi d'autres. Il est l'époux d'Edda Mussolini, la fille du Duce...
Et dans son rôle de ministre de la Propagande - il a à peine trente ans -, il organise la mise en scène du régime.
Le comte avait une conception de la politique où le réalisme l'emportait largement sur l'idéologie. Il appartenait à une tendance du fascisme convaincue du déclin des démocraties et persuadée de la capacité de l'Italie à jouer un rôle d'arbitre en Europe. Rome devait se montrer plus hardie dans ses rapports avec Berlin pour contraindre Paris et Londres à reconnaître l'empire italien d'Ethiopie. À peine arrivé au ministère des Affaires étrangères, Ciano se montra moins conciliant que ses prédécesseurs envers l'Entente franco-britannique. Il refusa de se rendre à la conférence de Montreux sur les Détroits, prétextant l'injustice du maintien des sanctions, et il subordonna la présence de l'Italie à celle des pays signataires du pacte de Locarno, à la participation de l'Allemagne et à l'abrogation des accords méditerranéens conclus avec l'Angleterre. Il n'est pas certain qu'il ait été à l'origine du chahut inconsidéré organisé par des journalistes italiens contre la présence du Négus à Genève ; mais l'assemblée de la SDN leva les sanctions contre l'Italie.
La guerre civile espagnole créait une situation nouvelle. Comme son père, Galeazzo était un conservateur autoritaire. Le fascisme l'avait à peine effleuré, même s'il en avait fait l'un des principaux dirigeants du régime. Il était insensible à la problématique corporative et hostile à la propagande antibourgeoise. Il se proclamait foncièrement réactionnaire et anticommuniste. Le gouvernement de Rome avait soutenu les nationalistes espagnols, dès 1934, dans leur combat contre la République. Il leur fournissait de l'argent et des armes, comme le faisaient d'ailleurs beaucoup de mouvements européens d'extrême droite. Dès le début de l'insurrection franquiste, Ciano se comporta en principal défenseur d'une intervention italienne. Il inaugurait ainsi son ministère par une action politique parfaitement conforme à sa pensée profonde.
En accédant au ministère des Affaires étrangères, un mois après la proclamation de l'empire, Ciano était âgé de trente-trois ans seulement. Le «plus jeune ministre» d'Europe changea profondément l'organisation du palais Chigi. Il écarta les hommes liés à son prédécesseur et remplaça le baron Aloisi par Ottavio De Peppo qui était son directeur général au ministère de la Propagande ; Filippo Anfuso sera son chef de cabinet de juillet 1938 à novembre 1941 et restera l'un de ses proches jusqu'à la chute de Mussolini ; lorsque Anfuso quittera Rome pour l'ambassade de Budapest, Ciano éprouvera du chagrin. Il aura l'impression de perdre un camarade, plus encore qu'un collaborateur.
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