PETIT RECUEIL ÉDIFIANT SUR L'ART ET LA MANIÈRE DE SE PRÉSENTER AUX ÉLECTEURS
Les paroles volent, les écrits restent. Il en va ainsi des promesses électorales.
Depuis 1881 en effet, à l'initiative du député Désiré Barodet, les professions de foi des candidats élus aux législatives sont réunies dans un recueil officiel. Le «Barodet», très prisé des historiens, recèle de véritables trésors littéraires et historiques, qui font pour la première fois l'objet d'une anthologie.
«Parce que le style, c'est l'homme, ces professions de foi permettent aussi de reconstituer une véritable galerie de portraits», écrit Jean-Louis Debré. Hommes d'État réalistes et prophètes idéalistes, révolutionnaires collectivistes et candidats protestataires, toutes les tendances sont représentées, jusqu'aux ecclésiastiques inspirés et aux personnages les plus singuliers de métropole et d'outre-mer.
Rédigés avec superbe et surprenants de diversité, ces textes retrouvés font revivre un siècle de passions électorales en France.
Les courts extraits de livres : 16/03/2007
Aristide Briand
(1862-1932)
«Faire bloc contre les candidats de la réaction»
Grand orateur, grand improvisateur, Aristide Briand n'aime pas l'écrit : en 1902, c'est sur un texte particulièrement bref qu'il est élu député, sous l'étiquette socialiste, après trois échecs. Sa profession de foi est enlevée, fédératrice, sans toutefois comporter le moindre engagement précis. Elle témoigne de l'habileté du candidat qui, évoluant vers le centre, sera vingt-cinq fois ministre et onze fois chef du gouvernement : un record jamais battu de longévité ministérielle. Né à Nantes de parents cabaretiers, avocat un peu bohème, Aristide Briand va rester député pendant trente ans : de Saint-Etienne entre 1902 et 1919, de Saint-Nazaire entre 1919 et 1932. C'est comme rapporteur de la loi de Séparation, en 1905, qu'il se fait remarquer à la Chambre.
Président du Conseil pendant la bataille de Verdun, il devient dans l'entre-deux-guerres l'apôtre du rapprochement franco-allemand et des Etats-Unis d'Europe, si bien que sa carrière est couronnée par le prix Nobel de la Paix en 1926. Son seul échec : l'Elysée, en 1931. Il se retire dans sa propriété de Cocherel et s'éteint, à Paris, le 7 mars 1932.
Citoyens,
À l'heure où toutes les forces coalisées de la réaction cléricale font rage contre la République, le devoir des amis de la liberté, à quelque nuance de l'opinion républicaine qu'ils appartiennent, est tout tracé.
Aucune hésitation ne leur est donc permise.
Le péril n'est pas à gauche, il est à droite.
Aussi tous les hommes de progrès, tous les défenseurs des institutions républicaines doivent-ils se grouper étroitement pour faire bloc contre les candidats de la réaction.
(...)