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Auteur : Patrice Lestrohan
Date de saisie : 08/03/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France
Collection : Documents
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7491-0585-7
GENCOD : 9782749105857
Sorti le : 08/03/2007
Même s'il n'a jamais été président de la République, Edgar Faure (1908-1988), ami de jeunesse de Pierre Mendès France, longtemps familier de François Mitterrand, aura été l'un des personnages les plus importants de la vie politique française d'après guerre. Il a été deux fois président du Conseil, en 1952 et 1955. Et douze autres fois ministre sous la IVe (aux Finances, notamment) et la Ve : c'est à lui, le «grand ministre», que de Gaulle confie, avec succès, l'Éducation nationale au lendemain de Mai 68. Il est ensuite président de l'Assemblée nationale (1973-1978).
Il a été à l'origine d'événements d'importance, comme l'indépendance du Maroc et, pour partie, celle de la Tunisie. Supérieurement cultivé, curieux de tout, il a aussi écrit des chansons, publié des romans policiers et des biographies. Surtout, il a sans doute été l'homme politique le plus drôle de notre histoire ; vingt ans après sa disparition, ses amis et anciens collaborateurs citent encore ses kyrielles de bons mots et de blagues. Edgar, car on ne l'appelait qu'ainsi, était amusant : ça manque dans le paysage contemporain.
Patrice Lestrohan est journaliste. Il a débuté au Nouvel Observateur et, après Le Quotidien de Paris, L'Événement du jeudi et Stratégies, a rejoint l'équipe du Canard enchaîné. Il est l'auteur d'une enquête pamphlet sur la télévision française, Cocoricotélé (Marabout, 1986).
Quel farceur, cet Edgar Faure ! Quelle intelligence ! Que de talents gâchés ! De tous les présidents du conseil de la IVe République, il fut sûrement l'un des plus doués. Le plus versatile aussi, et le plus vénal. Dans la biographie qu'il lui consacre, Patrice Lestrohan, journaliste au Canard enchaîné, choisit de s'amuser de ses injures à la démocratie plutôt que de s'en offusquer. Pratiqué avec un tel entrain, l'art du coup fourré et de l'embrouille politique incite, il est vrai, après tant d'années, à l'indulgence plutôt qu'au moralisme. Patrice Lestrohan s'est soigneusement documenté, mais il ne perd pas le lecteur dans les méandres de la IVe République dont "l'Edgar" fut l'un des grands mécanos. Il va à l'essentiel, avec esprit, la remarque acérée, complice mais pas dupe. Rarement un livre sur cette époque aura été moins ennuyeux.
À titre de consommateur, ses goûts s'avèrent cependant plus variés. Plus d'un visiteur matinal d'Edgar s'en souvient encore avec surprise ou effroi : plutôt sensible au whisky en soirée, le président ne rechignait jamais à s'offrir et à offrir de bonne heure à ses hôtes - à chacun ses stimulants, et Edgar n'était pas du matin - un petit verre de Ferney-Branca, cordial assez oublié aujourd'hui. Sans que son effacement progressif des étagères de bar ait provoqué des émeutes...
Le couple Faure a aussi une fille, Henriette, l'aînée d'ailleurs, qui fait des prodiges au piano. Plus en tout cas qu'Edgar, lequel, en dépit d'un solfège de plus en plus lacunaire avec le temps, laissera cependant une «pièce pour piano», Le Sablier des Templiers. À l'époque qui nous occupe (le courant des années 1920), plus qu'encouragée par ses premières auditions et prestations publiques, Henriette décide de donner, en récital, une intégrale de Ravel. L'initiative émeut tant le maître qu'il décide de rendre visite à la famille, alors installée à Paris. Lui-même admirateur du grand Maurice, le président se dira encore, soixante ans plus tard, frappé par «l'insignifiance physique» du personnage. Mais, c'est bien connu, «les grands hommes ne font pas toujours les grandes statures». On aura compris que sous l'ironique plume du petit Edgar, il est tout à fait permis de penser le contraire...
Pure anecdote : beaucoup plus tard, à la finale d'un concours de piano organisée par la naissante ORTF, Henriette se retrouva confrontée - par le plus grand des hasards, à la future épouse d'un très proche collaborateur d'Edgar. Le préfet M. - appelons-le d'une initiale - eut, en 1968, au cabinet de l'Éducation nationale, la charge, complexe, mais directement assistée par le ministre, des relations avec l'Intérieur. Il suivit ensuite le président aux Affaires sociales, puis à l'Assemblée nationale. Et c'est, encore plus tard, sa jeune femme qui s'efforça de combler les lacunes musicales d'Edgar, plus trop en phase avec les notes quand il entreprit d'écrire des chansons. Dans l'immédiat, au concours de la radio-télé, elle fut devancée par Henriette et, pour beaucoup de raisons, dans l'ordre edgarien des choses, c'était sans doute nettement mieux ainsi...
Détail d'un autre type, fourni, toujours, par le président, mais, cette fois, dans son ouvrage, L'Ame du combat (un mot bien engagé et bien martial pour lui !) : «On ne parlait jamais de politique à la maison», ce qui nous laissera sans doute à jamais dans l'ignorance absolue des choix paternels, lesquels ne devaient pas être d'ultra-gauche.
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