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L'économie est désormais en conflit ouvert avec la société. Nous vivons l'épuisement d'un modèle qui fut extraordinairement fécond, mais qui débouche aujourd'hui sur des dilemmes insolubles.
La situation est-elle sans espoir ? Michèle Debonneuil démontre qu'une solution est possible, et indique comment la mettre en oeuvre. Elle consiste à réorienter la croissance des pays les plus riches vers un nouveau type de produits qui ne sont ni des biens, ni des services, mais de nouveaux services incorporant des biens. Ces produits, dont l'existence est rendue possible par les technologies de l'information et des télécommunications, façonnent une nouvelle économie que l'auteur qualifie d'' «économie du quaternaire».
Cette révolution est de nature à générer dans nos pays une croissance forte et des millions d'emplois, à la fois bien rémunérés et indélocalisables. Elle est susceptible, dans le respect des équilibres environnementaux, de redonner à la vieille Europe un avantage comparatif par rapport aux pays émergents, de rétablir la cohésion sociale, et donc finalement de résoudre le conflit ouvert entre économie et société.
L'économie du quaternaire représente le véritable avenir de nos sociétés.
Michèle Debonneuil est économiste, conseiller auprès du ministre de l'Emploi, membre du Conseil d'analyse économique (CAE) auprès du Premier ministre et professeur à HEC. Elle est «l'inventeur» du plan Borloo de développement des services à la personne.
Les courts extraits de livres : 20/03/2007
DES CHOIX IMPOSSIBLES
Le sentiment de crise qui prévaut en France depuis des années a certainement une part de subjectivité que la psychologie sociale et l'analyse historique peuvent expliquer. Mais la crise est aussi, en large part, objective, et partagée par l'ensemble des pays développés. Elle peut être décrite au travers de trois choix impossibles, face auxquels ces pays donnent l'impression soit d'un blocage soit d'une fuite en avant. Ces trois tendances, qui ne peuvent se poursuivre indéfiniment, indiquent que le mode de développement de l'Occident est arrivé à un tournant.
L'ARBITRAGE ENTRE CROISSANCE ET JUSTICE SOCIALE
Le chômage endémique des années 1980-1990 est en passe d'être vaincu : en Amérique du Nord et dans le nord de l'Europe (Royaume-Uni, Pays-Bas, Scandinavie), le taux de chômage est désormais compris entre 4 et 6 %, niveau que les économistes considèrent comme minimal pour assurer une fluidité suffisante aux mouvements de main-d'oeuvre. En France, malgré un contexte démographique moins favorable qu'ailleurs, le taux de chômage a aussi reculé de 12,5% en 1993 à moins de 9% aujourd'hui. Cette baisse a concordé avec une reprise de l'emploi : l'économie française a créé 2,6 millions d'emplois marchands au cours des dix dernières années, contre 0,6 million durant la décennie précédente.
Cette marche vers le plein emploi dans la quasi-totalité des pays développés masque cependant des situations du marché du travail qui ne peuvent être considérées comme satisfaisantes : les inégalités se sont fortement aggravées, et le chômage s'est partiellement transformé en sous-emploi.