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Auteur : François-Marie Luzel
Date de saisie : 23/01/2007
Genre : Folklore Moeurs et coutumes
Editeur : Ouest-France, Rennes, France
Collection : Les grandes collectes
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7373-4086-4
GENCOD : 9782737340864
Sorti le : 23/01/2007
Luzel a toujours manifesté une durable prédilection pour ces «contes de revenants» qu'il s'était plu à rassembler dans ses Veillées bretonnes. Histoires de diables et de lutins, de fantômes et de dames blanches, ces récits à faire peur assurent une transition ambiguë entre le monde imaginaire du conte et le réel. Ils permettent de découvrir, pour la première fois, ce que Françoise Morvan a appelé la «part obscure de la collecte». Une ouverture unique et captivante sur l'imaginaire de la Bretagne transmis dans toute son authenticité.
Textes choisis et présentés par Françoise Morvan
L'ÂME EN PEINE DE JEAN LE LOUREC
récit de Fant Kerival
J'habite, seule, une toute petite maison à Penn-an-Ménez, au bord de la route de Plounénez-Moëdec à Plouaret, et je vais en journée, chaque matin, partout où je trouve du travail. À l'époque dont je vous parle, j'allais trois jours la semaine à Guernanchanay, et je revenais toujours coucher à la maison, quelque temps qu'il fît. Ce n'est pas qu'on ne m'eût offert, maintes fois, de passer la nuit au manoir quand il pleuvait ou qu'il faisait trop noir ; mais je préférais revenir chez moi, parce qu'avant de me coucher, je passais encore une heure ou deux à filer, sur mon rouet. Je vendais, tous les quinze jours, mon fil, au Vieux-Marché, et le peu que j'en retirais m'aidait à vivre.
Un jour, pendant le dîner, à onze heures, à Guernanchanay, quelqu'un dit :
- Jean Le Lourec est mort.
- Quand donc est-il mort ? demande un autre.
- Ce matin même, entre cinq et six heures.
- La bénédiction de Dieu soit sur son âme !
Ceci se passait au mois de mars, et, à cette époque de l'année, il fait déjà jour clair à cinq heures ou cinq heures et demie. Je ne dis rien pour le moment, bien que cette nouvelle m'eût fort émue ; mais, un peu plus tard, je dis à la maîtresse de la maison et aux servantes :
- Je ne savais pas que Jean Le Lourec était mort, mais, en venant ici, ce matin, j'ai passé devant sa maison, et je sais, à présent, ce que signifiait le bruit extraordinaire que j'ai entendu dans le petit chemin étroit qui est derrière sa maison.
- Vous avez entendu du bruit, Fant ?
- Oui, j'ai entendu du bruit.
- Quelle sorte de bruit ?
- C'étaient comme les gémissements et les plaintes d'une personne en peine.
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