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Comment supporter la douleur lancinante d'une séparation que l'on sait être définitive ? Comment faire pour se résigner à l'inacceptable ? Comment continuer à manger, à boire, à dormir, à se lever le matin ?
Suffit-il pour survivre de se rappeler le bonheur perdu, les moments de joie, la vie trépidante dans laquelle on a mordu ensemble à pleines dents ?
Dans un texte sobre et émouvant, empreint d'une immense tendresse, Bernard Nuss essaie de répondre à ces questions. En filigrane apparaît un très beau portrait de femme, ainsi que le profil d'un couple qui a vécu en symbiose parfaite. L'auteur met en scène, sans mièvrerie ni pathos, la tragédie déjà tant de fois jouée de celle qui est partie et de celui qui reste. Dans le dernier acte, à la fin d'un long et douloureux cheminement, la révolte fait place à la résignation. La vie a repris le dessus, mais rien ne sera plus comme avant.
Né en Alsace, Bernard Nuss a été journaliste. Il a dirigé ensuite le service de presse de l'ambassade de France à Bonn pendant de nombreuses années. Il vit actuellement à Strasbourg.
Les courts extraits de livres : 22/03/2007
Il fallait donc qu'elle retourne à l'hôpital. La décision avait été prise en fin de matinée, le transfert était prévu pour le début de l'après-midi.
J'ai rapidement préparé le déjeuner que nous avons pris ensemble, comme d'habitude. Elle a mangé presque normalement. À la fin du repas, elle a plié sa serviette comme si le soir ou le lendemain elle allait s'en resservir.
Je l'ai aidée à se déshabiller et à enfiler une chemise de nuit et son peignoir. Puis j'ai préparé les affaires qu'elle allait emporter. En sortant sa valise, j'ai pensé que ce geste, naguère associé à un sentiment d'allégresse, puisqu'il signifiait que nous allions partir en vacances, marquait cette fois-ci le début de son ultime voyage.
Nous étions prêts et attendions l'ambulance. Je faisais les cent pas pour essayer de maîtriser mon émotion. Elle était assise sur un canapé du salon et regardait longuement les meubles, les tableaux, les tapis. C'était comme si elle voulait mémoriser pour l'éternité ce qui avait été notre cadre de vie pendant tant d'années. Se rappelait-elle comme nous l'avions arrangé ensemble ? Se souvenait-elle de Tosca avec ses pattes cassées qui était couchée exactement à l'endroit où elle était assise maintenant ? Pensait-elle aux soirées joyeuses avec les amis, qui s'étaient déroulées là et qui n'auraient plus jamais lieu ?
Un peu plus tard, à moitié assise dans l'ambulance, elle regardait par la vitre ce quai qu'elle aimait tant et les maisons des vieux quartiers joliment éclairées par un rayon de soleil. Elle savait qu'elle ne les reverrait plus.
Il lui restait alors exactement six semaines à vivre. Elle était très faible, mais n'avait pas de véritables douleurs, si ce n'est cette sensation pénible d'étouffer. Ses facultés intellectuelles étaient intactes, son courage et son calme admirables. Le médecin s'attendait néanmoins à ce que son état physique empire rapidement. C'est le contraire qui s'est produit.