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Auteur : Jean Meckert
Préface : Stéfanie Delestré | Hervé Delouche
Date de saisie : 08/03/2007
Genre : Société Problèmes et services sociaux
Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France
Collection : Arcanes
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-07-078739-5
GENCOD : 9782070787395
Sorti le : 08/03/2007
Quelle excellente idée de republier cet écrivain qui sut explorer avec tant de finesse les tréfonds de l'âme humaine ! 1952, au bord de la Durance, un savant britannique, qui s'adonnait au camping sauvage, est découvert assassiné avec sa jeune femme et leur fille. On ne tarde pas à soupçonner des cultivateurs habitant à proximité. C'est le début de l'affaire DOMINICI, pleine de rebondissements, d'accusations infondées, de palinodies. Ce n'est pas tant l'affaire elle-même que ceux qui en font leurs choux gras qu'observe Jean Meckert, ce fils d'anarchiste à l'esprit libre, dépêché sur place par France Dimanche et par Gallimard pour en tirer un livre : "C'est l'histoire d'un spasme de l'opinion devant un spectacle gratuit". Toute la presse à scandale ainsi que son public sont enfermés dans cette admirable formule. Un style alerte de journaliste, des raccourcis stylistiques. Captivant d'un bout à l'autre.
Charlotte Etasse - 01/06/2007
Xavier Brossard - 09/05/2007
CharlotteThomas - 03/04/2007
Sylvain Elie - 02/04/2007
Présenté par Stéfanie Delestré et Hervé Delouche
Les Éditions Joëlle Losfeld poursuivent, avec La tragédie de Lurs, la publication des inédits et des introuvables de Jean Meckert, alias Jean Amila.
En 1952, Meckert est envoyé à Lurs par le journal France Dimanche pour couvrir ce qui deviendra un des faits divers les plus retentissants du siècle : l'affaire Dominici. Deux ans plus tard, Meckert revient sur cette expérience et examine le rôle tenu par les médias dans le développement de l'affaire. Entre faits bruts et récit à scandale, il tente d'analyser le travail de journaliste et livre son propre point de vue sur des faits qui, cinquante ans plus tard, continuent de susciter des commentaires et d'alimenter des fictions.
Jean Meckert naît à Paris le 24 novembre 1910. Mobilisé en 1939, il est interné en Suisse en 1940 à la suite de la débâcle, et y écrit son premier roman, Les coups, que Gallimard accepte immédiatement. Suivront plusieurs autres romans admirés par Gide, Roger Martin du Gard, Queneau ou plus récemment Manchette et Annie Lebrun. Dès 1950, Marcel Duhamel le fait venir à la Série Noire où il s'impose comme l'un des meilleurs auteurs de polar français. Certains de ses romans seront adaptés au cinéma.
Ont déjà paru dans la collection Arcanes La marche au canon, Je suis un monstre et L'homme au marteau.
J'ai l'incroyable culot, écrit Jean Meckert qui publie la Tragédie de Lurs avant que ne se tienne le procès en 1954, d'écrire un livre pour dire simplement : je ne sais pas." Son but n'est pas d'accréditer la thèse de l'innocence ou de la culpabilité de Gaston Dominici ou d'un des membres de sa famille mais de raconter "l'histoire d'un spasme d'opinion devant un spectacle gratuit"...
Mais, soigneusement étayée par des faits précis et menée avec toute la rigueur d'un homme qui veut avant tout rester lucide et humain, l'analyse est impressionnante et finalement très fidèle à l'oeuvre romanesque d'un auteur qui a beaucoup écrit sur l'incommunicabilité entre les êtres.
Qui est donc Jean Meckert (1910-1995) ? Fils d'anarchiste, ancien ouvrier, il s'était fait connaître en 1941 par «les Coups», roman âcre et rageur publié à la NRF grâce à Raymond Queneau et André Gide. Il écrit ensuite, sur la folie de l'épuration, l'un de ses plus beaux livres, «Nous avons les mains rouges», et devient dès 1950 le célèbre John Amila de la Série noire où, sans jamais abdiquer sa révolte, il signera une vingtaine de palpitants polars. «La Tragédie de Lurs» n'est pas un roman policier, c'est une enquête au plus près des faits. Le récit frappe par ses scrupules, sa rigueur, son refus de toute (mauvaise) littérature, sa détestation du sensationnel et de l'horrifique, son respect pour tous les acteurs du drame. Avant de conclure que «les monstres servent d'exutoire au sadisme larvé des honnêtes gens», Jean Meckert déroule un impeccable et implacable récit. Un «De sang-froid» à la française. Avec douze ans d'avance.
On sous-entend une dimension sexuelle au triple meurtre. On condamne d'avance Gaston. Meckert est surpris par le manque de clarté des preuves, souligne les préjugés, fait preuve d'une certaine solidarité avec les habitants de ces hautes terres qui travaillent dur et ont été pour la plupart comme lui des résistants actifs. Il s'inquiète de l'avenir d'une police et d'une justice qui doivent opérer sous tension. Gaston Dominici sera condamné à mort. En 1957, le président Coty commuera sa peine en perpétuité avant que le général de Gaulle le gracie en 1960 et le fasse libérer. Il est probable que ce jour-là, Meckert se soit senti soulagé.
La Tragédie de Lurs est un roman reportage, une enquête sur l'enquête qui dérailla. On se souvient de l'affaire Grégory, du «sublime, forcément sublime» de Marguerite Duras lâché dans Libération. Roland Barthes, lui, dans Mythologies, s'en tint à un formidable : «Dominici ou le triomphe de la littérature».
C'est bien ce qu'en fait Jean Meckert, un vrai roman, avec suspense, rebondissements et humour noir, garanti 100 % polar. Délation, faux témoignage, vieilles rancunes, suspicion - celui-là n'est-il pas communiste ? Et celui-ci était-il vraiment résistant ? Aux alentours de Lurs, la population règle ses comptes (genre : droit de passage sur un terrain), chacun scrute l'autre comme un ennemi...
On a donc trouvé le carnet de vacances de la petite Elizabeth.
Sur un carnet de chèques ou sur un coin de valise on a également découvert le nom de sir Jack Drummond. La vérification se fait par téléphone, au consulat le plus proche, puis de capitale à capitale.
Les Britanniques ont-ils la narine plus sensible que le> Français sur les questions de décorum ? Et la Chevalerie de Sa Majesté est-elle l'équivalent de notre Légion d'honneur ?
Quoique officiellement honorables, il s'avère rapidement que les malheureuses victimes ne sont pas seulement des gens qui ont réussi leurs affaires ; ce sont des utiles, des travailleurs, des bienfaisants.
Ils viennent de Nottingham, dans les Midlands. J. C. Drummond y dirigeait les laboratoires des «Boots», trust alimentaire et pharmaceutique, dont les boutiques à tout faire couvrent l'Angleterre.
Outre son honorabilité, sir Jack Drummond est rapidement qualifié d'«illustre savant». Sa spécialité ? La diététique. Il est l'auteur, avec sa femme, née Ann Wilbraham, d'un ouvrage sur La Nourriture de l'Anglais depuis cinq siècles.
Les journalistes connaissent leur métier d'informateurs et sont rapidement en état de fournir au monde entier un curriculum édifiant de la vie de Jack Cecil Drummond.
Le savant est né en Ecosse, en 1891, d'une famille de soldats. On dépeint son enfance solitaire, son adolescence studieuse à Strand School et au King's Collège de Londres où il sera, plus tard, nommé assistant de recherches.
Son grand rêve est de suivre la carrière des armes et d'être officier comme son père qu'il a trop peu connu. Les médecins lui trouvent le coeur trop faible.
Il a heureusement le coeur assez résistant pour entrer au Cancer's Hospital en 1914. Quatre ans plus tard, il y est directeur du département de biochimie. En 1922, il professe cette matière à l'Université de Londres.
En 1936, on nomme à son service une nouvelle assistante de recherches : Ann Wilbraham. C'est une jeune femme enjouée, sportive, travailleuse. Ils mettent trois ans pour écrire en commun The Englishman's Food, qu'ils signent tous deux. Ils se marient en juin 1940.
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