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La Censure royale des livres dans la France des Lumières Raymond Birn
Dans la France du XVIIIe siècle, la censure fut moins l'ennemie que l'alliée des Lumières. Comment l'appareil de l'État monarchique en est-il venu à promouvoir la tolérance ? Faisant revivre les figures des censeurs royaux - savants, hommes de lettres, ecclésiastiques ou commis de l'État -, analysant leurs discours et leurs pratiques, racontant les innombrables affaires, des plus célèbres (l'Encyclopédie, Helvétius, Rousseau) aux plus obscures, Raymond Birn explique comment ils ont protégé la liberté d'expression contre les foudres du Parlement et de l'Église, et contribué à l'émergence d'un espace public en France.
Professeur à l'Université d'Eugène (Oregon, États-Unis), Raymond Birn est l'un des meilleurs historiens du livre et du XVIIIe siècle français. Il est notamment l'auteur de Crisis, Absolutism, Révolution : Europe and the World 1648-1789 et de Forging Rousseau : Print, Commerce and Cultural Manipulation in the Late Enlightenment.
Les courts extraits de livres : 25/03/2007
Dans l'Europe de l'Ancien Régime, le livre était le principal véhicule de transmission des idées et des connaissances. Les auteurs communiquaient, débattaient et persuadaient via le mot imprimé. Les lecteurs répliquaient en achetant, en empruntant et en assimilant des livres, sources d'information et d'inspiration. À la même époque, invoquant un besoin présumé de la société de se protéger contre elle-même, les gouvernements absolutistes et les hiérarchies ecclésiastiques contrôlaient, dirigeaient et régulaient le mot au moyen d'un dispositif de censure. Cette tension entre liberté et contrainte n'a cessé de croître jusqu'à ce qu'éclate, en 1789, la Révolution française.
Cependant, rien n'est jamais aussi simple qu'il paraît de prime abord, et cette lutte entre auteurs, éditeurs et libraires d'une part, Eglises, gouvernements et censure d'autre part, ne fait pas exception. La quête de la liberté d'expression et le désir de la limiter ont tous deux été nuancés par des réalités politiques, religieuses, économiques et sociales. Par exemple, dans les décennies 1750 et 1760 - une période privilégiée pour notre propos -, les auteurs ont fait des textes imprimés le principal outil de diffusion des conceptions réformatrices des Lumières. Au même moment, alors qu'elles espéraient pouvoir ralentir ces élans novateurs, les autorités de l'Église et de l'État ont dû se conformer à certaines règles du jeu, au même titre que leurs opposants.