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Auteur : Bernard Cerquiglini
Date de saisie : 30/03/2007
Genre : Langues
Editeur : Minuit, Paris, France
Collection : Paradoxe
Prix : 21.50 € / 141.03 F
ISBN : 978-2-7073-1981-4
GENCOD : 9782707319814
Sorti le : 15/03/2007
Joachim Salinger 030407 - 05/04/2007
On a longtemps cherché pour la langue française des origines les plus nobles, justifiant sa grandeur. Découvrir qu'elle provenait d'un latin populaire mêlé de gaulois et de germanique, qu'elle était la moins latine des langues romanes fut un chagrin.
On sut toutefois compenser ce manque initial en édifiant un idiome comparable à la latinité enfuie : orthographe savante, lexique refait, grammaire réglée, fonction sociale éminente. C'est pourquoi le français, admirable latin de désespoir, est aussi la plus monumentale des langues romanes.
On sut enfin donner à la langue nationale une origine, autochtone, enfin gratifiante. Le parler de l'Île-de-France, dialecte élégant et pur, aurait eu depuis toujours la faveur des écrivains, la protection des princes ; il aurait été la source incomparable de l'idiome irriguant la France et le monde. À la fin du XIXe siècle, la science républicaine changea cette légende en savoir positif, offrant au pays meurtri la raison d'admirer son langage et de le répandre.
Une langue orpheline est ainsi devenue l'exemple universel de la perfection naturelle que confortent les artistes et les doctes, ainsi que l'identité d'une nation, et sa passion la plus vertueuse.
EPIPHANIE PARISIENNE
Que le meilleur français s'entende à Paris, nul académicien n'en disconviendrait aujourd'hui ; bon nombre de manuels prennent pour norme le parler du «bourgeois parisien cultivé». L'on en pourrait aisément produire l'explication. C'est dans la capitale que résident les instances de constitution et de diffusion de la norme : académies, ministères, conseils, centres prestigieux de recherche et de formation, sièges des grands médias écrits ou audiovisuels. En contrepartie on sait l'insécurité que peuvent ressentir les locuteurs des divers français «régionaux» (c'est-à-dire non parisiens) : il n'est pas accidentel que les meilleurs grammairiens contemporains soient belges ; à rebours, mais confirmant la thèse, on notera chez certains linguistes québécois la revendication et la promotion d'une forme spécifique et autonome de la langue, ne devant rien au «français international» jugé trop parisien. La «précellence» du parler parisien est si certaine qu'elle ne saurait nous arrêter, sauf à rappeler que, comme toute évidence, elle est historiquement construite.
L'apparition d'un tropisme central dans le discours sur les sources de la langue s'est faite en deux temps. Tout d'abord il s'est agi, de façon synchronique pourrait-on dire, de savoir si l'excellence langagière était assignable à un lieu, et de déterminer lequel ; résoudre cette question fut l'affaire du XVIe siècle : la prééminence parisienne fut assez rapidement acquise ; nous lui consacrons ce chapitre. Il fut plus délicat de résoudre le problème que la linguistique historique, dans son essor au XIXe siècle, avait formulé. Question anachronique cette fois, et liée à la pensée des origines qui oriente alors la réflexion scientifique (reconstruction et classement des langues, considérées comme des espèces) ; étant donné le morcellement dialectal supposé du très ancien français et l'unité actuelle du français national, comment penser la continuité, forcément évolutive, de l'un à l'autre ?
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