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Les États-Unis sont en mal de chefs-d'oeuvre. L'influent Lipowitz fonde une société destinée à repérer au berceau des génies propres a régénérer l'art américain. Le principe est simple : l'activité artistique s'étant toujours nourrie de la souffrance, à chaque prodige en herbe est attribué un manager chargé de transformer sa vie en cauchemar.
Harlan, jeune musicien et critique à la dérive, chaperonne le petit Vincent que la vie a doté de talents exceptionnels, d'une mère nymphomane et fauchée, d'un physique ingrat et d'une affreuse fratrie. Harlan veille a enrichir ce terrain prometteur en multipliant les interventions traumatisantes.
Dans la tradition du Monde selon Garp, avec un humour décapant, Joey Goebel épingle l'industrie du divertissement.
Né en 1980 dans le Kentucky, Joey Goebel a été chanteur au sein de groupes punk et critique musical avant de se consacrer à la littérature. Torturez l'artiste ! l'impose comme l'une des figures montantes de la littérature américaine.
Les courts extraits de livres : 30/03/2007
Avant que les génies de Nouvelle Renaissance aient infiltré le marché, Mr Lipowitz n'avait pas de quoi non plus être fier de la télévision. Les reality shows dominaient le petit écran. Ces émissions ne coûtaient pas cher puisqu'elles n'exigeaient ni scénaristes ni comédiens. Elles étaient souvent immorales, stupides et perverses, mais il se trouve que j'aimais bien les regarder. Les reality shows me donnaient l'occasion de voir comment les jeunes se comportaient et communiquaient sans avoir besoin d'être en leur compagnie. Mais hormis le fait que je pouvais me moquer de ces gens sans qu'ils me répondent, ces émissions avaient peu de valeur.
Dans une des émissions produites par Empire Télévision (une société appartenant à IUI/Globe-Terner), on suivait une célébrité ignoblement riche dont la gloire était due à ses énormes seins et dont la fortune provenait de son mariage avec un milliardaire centenaire (décédé depuis). Une autre de ces émissions obligeait douze lesbiennes censément séduisantes à vivre dans une pièce unique. Quant aux séries qui exigeaient un véritable scénario, rares sont celles dignes d'être mentionnées. La plupart ne survivaient pas plus d'une demi-saison. Les chaînes balançaient les séries sur les écrans de télé, et si elles ne prenaient pas au bout de deux ou trois semaines, elles étaient retirées quelle que soit leur qualité.
Rien, toutefois, n'était aussi méprisable que la radio, que IUI/Globe-Terner avait contrôlée pendant des années. La musique rock était d'une médiocrité sans précédent, si homogène qu'on aurait dit qu'il n'existait plus qu'un seul groupe, avec un son surproduit, un nom mal orthographié, des voix sinistres, des mélodies ternes, une pointe de rap. Le rap, également aussi homogénéisé que le lait, était devenu extrêmement populaire chez les jeunes de sexe masculin. Il s'avéra qu'il existait un sacré marché pour un genre qui reposait largement sur un comportement machiste, une déshumanisation des femmes, l'apologie des drogues et de la mort violente.