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Depuis quelques années, la France est secouée par une série de «crises de mémoire» : polémique autour de la loi Taubira, affrontements sur les bienfaits de la colonisation, controverses autour des génocides, exigences de commémoration, procès médiatiques, etc. De nombreux groupes communautaires ont la mémoire à vif, et leur malaise envahit le débat public. Peut-on appréhender avec justesse la dimension identitaire de ces revendications ? Ne sommes-nous pas entrés de façon irréversible dans une ère de concurrence des mémoires ? Les auteurs de Mémoires vives analysent sans parti pris et avec lucidité ce qui conduit des minorités à instrumentaliser le passé pour reconstruire leur identité et pourquoi ce passé est devenu, en France, un tel objet de convoitise et de compétition. Se situant résolument au-delà des polémiques, Mémoires vives est un livre engagé par la volonté de ses auteurs d'apporter leur pierre à l'édification d'une véritable «communauté des citoyens» et de lutter contre la «fragmentation par le passé» qui menace aujourd'hui notre société.
Docteur en sociologie, Eric Keslassy est enseignant. Il a publié plusieurs ouvrages dont De la discrimination positive (Bréal, 2004) et Tous égaux ! Sauf... (avec Martine Véron, Cavalier bleu, 2006).
Agrégé de philosophie et docteur en psychologie, Alexis Rosenhaum est enseignant. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont La Peur de l'infériorité (L'Harmattan, 2005) et L'Antisémitisme (Bréal, 2006).
Les courts extraits de livres : 05/04/2007
Comment construire une mémoire fédératrice ?
Pourquoi certaines appartenances ethniques sont-elles en effet devenues si attirantes, au point de menacer sérieusement l'universalisme républicain ? En partie parce qu'elles promettent autant de bénéfices psychologiques que d'avantages en termes de mobilisation pour des objectifs socioéconomiques.
Les autres formes d'appartenance sont rarement aussi prometteuses. Appartenir à un groupement professionnel, académique, associatif ou sportif peut certes être utile ou valorisant, mais ne représente en général qu'un soutien psychologique relativement superficiel. Les groupes ethniques et religieux peuvent dispenser, eux, des récits qui désignent à chacun son origine et rendent signifiant son être présent. Une partie de leur force tient à cet usage du passé. Sans mémoire individuelle, dit-on, il n'y a pas de «soi». Sans mémoire commune, peut-il exister un «nous» ? Tout se passe comme si certaines mémoires collectives nous donnaient le sentiment profond de savoir qui «nous» sommes et ce que «nous» pouvons être. Ce que le groupe a fait dans le passé semble former la matrice de son identité et offrir des indices de ce qu'il est capable de faire aujourd'hui ou demain. Mais quel genre de récit peut bien permettre de partager le sentiment d'une identité ? Comment la représentation du passé offre-t-elle aux individus de tels sentiments d'unité ? Il nous semble que le passé acquiert une telle force à une triple condition : que les groupes choisissent des récits qui manifestent leur unicité, leur ancienneté et leur cohésion.