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«Ce qui me sépare de la vie et de tout, c'est le soupçon épouvantable que Dieu pourrait être un problème de deuxième ordre !»
Des larmes et des saints, écrit à vingt-cinq ans en Roumanie, a été entièrement remanié par Cioran lui-même en 1987, en collaboration avec sa traductrice Sanda Stolojan dans cette langue qui a fait de lui ce qu'il est, par l'effet de freinage et de contrôle imposé à ses excès, à ses violences et à ses éclats.
«Il y a chez tout auteur» écrit Sanda Stolojan, «une image clé, qui répond à une obsession profonde et révélatrice. Telle est l'image des larmes et de leur corollaire, les pleurs, tout au long de l'oeuvre de Cioran... Dans Des larmes et des saints, il prévoit le jour où il regrettera, où il aura honte, d'avoir tant aimé les saintes et "la mystique, cette sensualité transcendante". Il se séparera des saintes, de leurs effusions, mais l'adieu au lyrisme n'effacera pas en lui l'image et la pensée qui l'obsèdent.»
Les courts extraits de livres : 06/04/2007
Des larmes et des saints
Avertissement
La version française de Lacrimi si Sfinti comporte de très importantes suppressions et modifications suggérées par l'auteur.
Sanda Stolojan
Ce n'est pas la connaissance qui nous rapproche des saints, mais le réveil des larmes qui dorment au plus profond de nous-mêmes. Alors seulement, à travers elles, nous accédons à la connaissance et nous comprenons comment on peut devenir saint après avoir été un homme.
Le monde s'engendre dans le délire, hors duquel tout est chimère.
... Comment ne pas se sentir proche de sainte Thérèse qui, Jésus lui étant apparu, sortit en courant et se mit à danser au milieu du couvent, dans un transport frénétique, battant le tambour pour appeler ses soeurs à partager sa joie ?
À six ans elle lisait des vies de martyrs en criant : «Eternité ! Éternité !» Elle décidait alors d'aller chez les Maures pour les convertir, désir qu'elle n'a pu réaliser, mais son ardeur n'a fait que croître au point que le feu de son âme ne s'est jamais éteint, puisque nous nous y réchauffons encore.
Pour le baiser coupable d'une sainte, j'accepterais la peste comme une bénédiction.