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Les seuls problèmes que Valéry ait affrontés en initié sont ceux de l'écriture. Son culte de la rigueur se réduit à l'effort vers un éclat abstrait du discours. Ne rien laisser à l'improvisation ou à l'inspiration (synonymes maudits à ses yeux), surveiller les mots, les peser, ne jamais oublier que le langage est l'unique réalité ; telle est cette volonté d'expression, poussée si loin qu'elle tourne en acharnement aux riens, en recherche exténuante de la précision infinitésimale. Il est difficile de se figurer une langue plus épurée que la sienne, plus merveilleusement exsangue.
Quelques rencontres
Pour deviner cet homme séparé qu'est Beckett il faudrait s'appesantir sur la locution «se tenir à l'écart», devise tacite de chacun de ses instants, sur ce qu'elle suppose de solitude et d'obstination souterraine, sur l'essence d'un être en dehors, qui poursuit un travail implacable et sans fin.
Les débuts d'une amitié
J'ai rencontré Eliade pour la première fois en 1932, à Bucarest [...]. Il était alors l'idole de la «nouvelle génération». J'étais étonné qu'il pût approfondir le Sankhya et s'intéresser au dernier roman. Depuis je n'ai cessé d'être séduit par le spectacle d'une curiosité aussi vivante, aussi effrénée.
E.M. Cioran
Les courts extraits de livres : 06/04/2007
À y bien réfléchir, son aversion pour les philosophes avait quelque chose d'impur ; en fait, il était hanté par eux, il ne pouvait être indifférent à leur égard, il les poursuivait d'une ironie voisine de la hargne. Toute sa vie il s'est défendu de vouloir construire un système ; il n'empêche qu'il y avait en lui, comme à l'égard de la science, un regret plus ou moins conscient du système qu'il n'a pas pu bâtir. La haine de la philosophie est toujours suspecte : on dirait qu'on ne se pardonne pas de n'avoir pas été philosophe, et, pour masquer ce regret, ou cette incapacité, on malmène ceux qui, moins scrupuleux ou plus doués, eurent la chance d'édifier ce petit univers invraisemblable qu'est une doctrine philosophique bien articulée. Qu'un «penseur» regrette le philosophe qu'il eût pu être, on le comprend ; mais ce qu'on comprend moins, c'est que ce regret travaille encore davantage les poètes : on songe de nouveau à Mallarmé, puisque le Livre ne pouvait être que l'oeuvre d'un philosophe. Prestige de la rigueur, de la pensée sans charme ! Si les poètes y sont tellement sensibles, c'est par une sorte de honte de vivre sans vergogne en parasites de l'Improbable.