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Auteur : Jacques Vergès
Date de saisie : 05/04/2007
Genre : Société Problèmes et services sociaux
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Documents
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-268-06098-9
GENCOD : 9782268060989
Sorti le : 05/04/2007
Jacques Vergès, l'avocat de Klaus Barbie et de Khieu Samphan entre autres, nous fait entrer dans les minutes des grands procès historiques. Ainsi lors de la première manifestation d'une justice internationale à Nuremberg, en 1945 qui rhabille la culpabilité aux couleurs de la guerre froide. À cet égard, un dialogue imaginaire, entre Staline et Hitler, revient sur la véritable raison du pacte des Alliés avec l'URSS. Puisque c'est l'agression nazie qui aurait réveillé l'espoir de libération des colonies, en affaiblissant l'Europe. Le procès des activistes du FLN, en 1957, devient alors une tribune pour l'indépendance algérienne. Mais dès 1954, la chute de Diên Bien Phu a consommé cette fin de règne de l'Occident à part entière... Déjà annoncée au procès de Louis XVI. Qu'instruit le révolutionnaire Saint-Just, au tournant de l'histoire moderne.
Pour Jacques Vergès, c'est l'occasion de revenir sur les causes extrêmes pour lesquelles il n'a cessé de plaider. Et de ressusciter le visage des disparus, confrères et compagnons, tombés à ses côtés en rendant hommage à la grandeur de leur humanisme.
Sérial killers et démocrates
La torture est le stade suprême de l'attentat à la dignité humaine. Parmi de nombreux autres exemples, je voudrais citer le cas de deux amis qui l'ont subie des mains françaises, hélas, à Paris même.
L'un, Bechir, fut interrogé sur moi, à partir de documents où figurait mon nom, saisis chez lui. J'ai lu et relu ces procès-verbaux d'interrogatoires au bord du gouffre, où avec courage et intelligence, il sut me mettre hors de cause malgré la baignoire, l'électricité et les coups. Nous sommes depuis amis à la vie à la mort, et j'essaierai toujours de mériter cette amitié.
L'autre, Ahmed, a parlé de moi, de nos rencontres impossibles à nier, ce que je ne saurais lui reprocher. Mais à lire les procès-verbaux de ses interrogatoires, on s'aperçoit qu'il a évoqué aussi des rendez-vous que les policiers ne pouvaient pas connaître. Brisé, il a mis du zèle dans sa chute.
Ce sentiment d'impuissance devant l'abjection, je l'imagine, ce sentiment affreux que la morale, l'honneur, la dignité n'ont plus de place dans notre vie, que plus rien n'a de sens. Je pense paradoxalement à la reine Anne dans la tragédie de Shakespeare, elle crache son mépris au visage de Richard III, assassin de son époux, mais accepte, quand il le lui propose, de monter dans son lit. Le cynisme de la demande a fait s'écrouler son univers.
J'évite de revoir Ahmed, non pas que je lui en veuille, mais parce qu'il éveille en moi deux sentiments que je n'aime pas beaucoup : la haine et la pitié. La haine pour ses tortionnaires, la pitié pour lui.
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