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.. Cahiers de l'Herne, n° 87. Carlos Fuentes

Couverture du livre Cahiers de l'Herne, n° 87.  Carlos Fuentes

Auteur : Claude Fell | Jorge Vol

Date de saisie : 05/10/2006

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Herne, Paris, France

Prix : 36.00 € / 236.14 F

ISBN : 2-85197-147-6

GENCOD : 9782851971470

Sorti le : 05/10/2006

Nathalie Brutiaux - 13/04/2007


  • Les présentations des éditeurs : 06/04/2007

Textes de :

Hector Aguilar
Camin Rosa Beltrân
Karim Benmiloud
Jean-Michel Blanquer
Steven Boldy
Maria José Brima Bragado
Adolfo Castanon
Gérard de Cortanze
Edmond Cros
Jean Daniel
John Elliott
Claude Fell
Caria Fernandes
Bernard Fouques
Juan Ramôn de la Fuente
Gabriel Garcia Marquez
Felipe Gonzalez
Nadine Gordimer
Juan Goytisolo
Marie-José Hanaï
Carmen Iglesias
Fernando Iwasaki
Cauti Milan Kundera
Ricardo Lagos Escobar
Tomás Eloy Martinez
Seymour Menton
Osvaldo Obregón
Rafaël Olea Franco
Florence Olivier
Julio Ortega Ignacio Padilla
Daniel-Henri Pageaux
Pedro Ângel Palou
Edmundo Paz Soldân
Ana Pellicer Sergio
Ramirez Guy Scarpetta
Ignacio Solares
Hugh Thomas
Eloy Urroz
Jorge Volpi

Correspondance avec :

Luis Bunuel
Gabriel Garcia Marquez
José Donoso
Julio Cortâzar/G. Garcia
Marquez
Julio Cortâzar
Pablo Neruda
Severo Sarduy
William Styron
Arthur Miller
Günter Grass
Henry Miller
José Luis Cuevas
Alejo Carpentier

Textes de Carlos Fuentes :

Un jour de mai (1981)
Rencontre hivernale avec André Malraux
Chili - 1. Cent ans avec Neruda
- 2. Ricardo Lagos, 2000
- 3. José Donoso
Le drame profane de Jean Genêt
Nuria Amat : nous sommes tous Kafka
Luis Bunuel : le cinéma comme liberté
Nazarin
Macbeth, l'enfant
Balzac
L'art de José Guadalupe Posada
1968, défaite à la Pyrrhus
Machado de la Manche
Juvenilia : Le pantin (nouvelle)
Comment j'ai écrit certains de mes livres
Le visage de la création
Juan Goytisolo et l'arbre de la littérature
Révolution : Annonciation
Des visions plein les yeux
Transformations culturelles
XXIe Sermon inaugural taurin.
Séville, 2003


  • Les courts extraits de livres : 06/04/2007

Chili

Cent ans avec Neruda

J'ai croisé trois fois Pablo Neruda. La première fois, lors de rencontres - inégalables - organisées par le poète Gonzalo Rojas à l'Université de Concepcion en 1962, auxquelles assistaient des écrivains venus de tout le continent ibéro-américain. Neruda présidait comme s'il venait d'émerger de l'océan, un Neptune en vacances. Patriarche des tempêtes, il les calmait par la lente majesté de ses mouvements. L'intelligence ironique de l'ange déchu se dissimulait derrière son regard somnolent et ses paupières de tortue. On aurait dit un animal hors du temps. Il pouvait être aussi vaste et aussi anonyme que l'océan. Il pouvait être aussi long et coupant que le territoire chilien qui pend comme une épée entre le Pacifique et les Andes, du désert d'Atacama à la Terre de Feu.
Neruda emportait partout quatre choses : en premier lieu, la terre chilienne («Un homme est né parmi beaucoup d'autres... et ceci n'a pas d'histoire, mais une terre, la terre centrale du Chili») ; son père cheminot («Bien qu'il soit mort depuis si longtemps/mon père doit hanter cet endroit/avec son poncho ruisselant de pluie/et sa barbe couleur de cuir») ; sa mère mourut un mois et demi après la naissance de Neruda. L'enfant adora la seconde épouse de son père, mais il refusa de l'appeler «belle-maman» : «Oh douce mamaman - je n'ai jamais pu dire belle-maman... j'ai vu la bonté vêtue de pauvres fripes sombres...» ; et la langue espagnole, le mot : «... les mots lumineux qui s'enracinèrent ici, brillant de tout leur éclat, le langage... Nous avons été perdants et gagnants... On nous a délestés de notre or, et on nous a laissé de l'or... On nous a laissé les mots.»
J'ai pu constater, cette même année 1962, que les mots appartenaient à tous. L'écrivain chilien Poli Délano m'emmena à Lota, sur la côte, où le charbon est extrait de mines creusées sous la mer. En sortant de l'océan, à la tombée de la nuit, les mineurs s'assirent autour d'une flambée pour chanter au son des guitares. J'ai reconnu les paroles : c'étaient des vers du Chant général de Neruda. Je leur dis que le poète serait heureux de savoir qu'ils chantaient ses mots : «Quel poète ?» - demandèrent-ils en choeur. Ils avaient raison. La poésie de Neruda, comme celle d'Homère, n'a pas de nom. C'est, comme le dit Croce de L'Iliade, «la poésie d'un peuple tout entier poète».


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