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Auteur : Noam Chomsky
Traducteur : Christian Labarre
Date de saisie : 01/02/2007
Genre : Politique
Editeur : Herne, Paris, France
Collection : Théorie et stratégie
Prix : 17.30 € / 113.48 F
ISBN : 978-2-85197-438-9
GENCOD : 9782851974389
Sorti le : 01/02/2007
«Dans la période de corruption intellectuelle que nous vivons aujourd'hui, il importe de souligner que les théories économiques, la démocratie et les droits de l'homme, prônés par les dirigeants sont des instruments du pouvoir, destinés aux autres nations afin qu'elles se laissent dévaliser et exploiter plus efficacement. Aucun pays riche n'accepte ces conditions pour lui-même, sauf si elles lui accordent des avantages temporaires, l'Histoire montre bien que de graves entorses à ces théories ont constitué un puissant facteur de développement.»
Depuis la Conquête du Nouveau Monde, les stratégies de domination mises en oeuvre par les superpuissances n'ont pas varié sinon par la technologie. Pour prendre l'exemple de Saddam Hussein, «ses crimes étaient sans importance jusqu'au moment où il commit le crime de désobéissance. L'Occident lui réaffirma pourtant son soutien face à un ennemi autrement plus dangereux :1a liberté et la démocratie dans le tiers-monde. La leçon était claire, profit et pouvoir sont les seules priorités. La démocratie est une menace à conjurer à tout prix». Un constat qui ne concerne pas seulement de lointains pays mais aussi nos sociétés à pensée unique sous-tendues par des mécanismes de contrôle d'une extrême violence, où l'homme n'est plus que l'instrument dérisoire du profit.
Né à Philadelphie en 1928, Noam Chomsky, théoricien du langage, a révolutionné la linguistique qu'il enseigne au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il est aussi un militant politique libertaire très engagé, sa réflexion philosophique et son analyse politique en ont fait l'un des penseurs contemporains les plus cités au monde. Un Cahier de L'Herne (2007) lui est consacré.
Le club des riches
Le système mondial conçu par les États-Unis exigeait que l'ordre règne également au sein du club des riches. Ses membres moins importants doivent poursuivre leurs «intérêts régionaux» à l'intérieur de la «structure globale de l'ordre» géré par les Etats-Unis, la seule puissance qui ait «des intérêts et des responsabilités à l'échelon mondial» : Kissinger en informa l'Europe en 1973 («l'année de l'Europe»). Au début de l'après-guerre, on ne pouvait tolérer que l'Europe soit une troisième puissance. La création de l'OTAN fut en grande partie motivée par le besoin «d'intégrer l'Europe occidentale et la Grande-Bretagne dans une orbite qui relèverait d'une direction américaine», fait observer Leffier : «On ne pouvait permettre l'émergence d'une troisième puissance ou d'un bloc neutre - que ce soit une Europe unie, une Allemagne unifiée ou un Japon indépendant.» Comme le déclarait le secrétaire d'État Dean Acheson, le neutralisme «équivaudrait pratiquement au suicide». Il en était de même en dehors du noyau des pays industrialisés. Tout en reconnaissant que les Russes n'étaient pas responsables des conflits dans le tiers-monde, Acheson avertit, en 1952, que les Russes pourraient exploiter de tels conflits pour essayer «d'obliger un nombre maximum de pays non communistes à poursuivre une politique de neutralité et à refuser de livrer leurs ressources aux principales puissances occidentales» - c'est-à-dire à refuser de les livrer aux conditions imposées par l'Occident. En songeant au Japon, le général Omar Bradley mit également son pays en garde contre «le suicide par le neutralisme»18.
Les planificateurs occidentaux «ne prévoyaient pas une agression soviétique et ne s'en inquiétaient pas», écrit Leffier, résumant par là un consensus bien établi dans les milieux universitaires. «L'administration Truman était partisane de l'Alliance atlantique essentiellement parce que celle-ci était indispensable au développement de la stabilité européenne grâce à l'intégration allemande.» Ce fut là le motif fondamental du Traité de l'Atlantique Nord signé à Washington, en avril 1949, qui entraîna la création de l'OTAN et, en réaction, du Pacte de Varsovie. Lors de la préparation de la réunion d'avril, les responsables politiques américains «furent de plus en plus convaincus que cela pourrait vraiment intéresser les Soviétiques de conclure une entente, de réunifier l'Allemagne et de mettre un terme à la division de l'Europe». On considérait cela non comme une occasion, mais bien comme une menace à «l'objectif primordial de la sécurité nationale», c'est-à-dire : «harnacher le potentiel économique et militaire de l'Allemagne en faveur de la communauté atlantique» - et empêcher «le suicide par le neutralisme».
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