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.. Composer : musique, paradoxe, flux

Couverture du livre Composer : musique, paradoxe, flux

Auteur : Pascal Dusapin

Date de saisie : 21/03/2007

Genre : Musique, Chansons

Editeur : Fayard, Paris, France

Collection : Leçons inaugurales du Collège de France

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-213-63291-9

GENCOD : 9782213632919

Sorti le : 21/03/2007

  • Le journal sonore des livres : Alban Guyon - 12/04/2007

Alban Guyon - 12/04/2007


  • Les présentations des éditeurs : 06/04/2007

Composer n'est pas démontrer. Composer, c'est inventer des impulsions et des flux. C'est comme l'eau d'une rivière. Composer, c'est inventer des chemins de traverse, des éloignements, des distances. C'est comme fuir et s'enfuir toujours. Mais composer, c'est long. Et lent. Très lent. Très, très long et lent... Ça n'avance jamais. C'est parce qu'on ne sait pas ce que ça va devenir. La question paradoxale, ça n'est pas d'achever mais comment ne pas finir. Composer, c'est ne jamais finir. Ça prendrait beaucoup trop de temps de finir, c'est-à-dire tout notre temps. Et pour autant, nous n'aurions jamais fini.

Né en 1955, Pascal Dusapin, compositeur, s'est rapide­ment imposé comme l'une des personnalités les plus fortes et les plus originales de la musique aujourd'hui. Il est l'auteur de très nombreuses oeuvres, dont cinq opéras (parmi lesquels Perelà, uomo di fumo, créé en 2003 à l'opéra Bastille et Faustus, The Last Night au Staatsoper de Berlin en 2006). Il est titulaire de la chaire de Création artistique au Collège de France pour l'année 2006-2007.


  • Les courts extraits de livres : 06/04/2007

J'aime à penser que nous nous trompons. Toute oeuvre musicale, d'après moi, nous convoque au contraire à une errance. Peut-être même à fuir le sens, du moins celui dont notre monde est saturé. La musique, c'est un autre sens, une autre logique. C'est pourquoi elle est irréductiblement paradoxale. Mes propos de compositeur, je le crains, seront souvent paradoxaux dans les mêmes proportions. Cette écoute cheminante est l'expérience d'un temps que nous pensons réel alors qu'il s'agit d'une intention. Correspondre avec le temps d'une oeuvre, en saisir son existence, est un «chemin qui ne mène nulle part». Il est aisé de constater que la musique échappe à toute appréhension matérielle. En effet, la musique ne laisse aucune trace. Son apparition se confond avec sa disparition. La musique s'efface si vite qu'il est impossible d'en saisir l'étendue. Du fait de son caractère interprété, la musique s'enfuit du monde des définitions concrètes et retrouve une pure intentionnalité. Écouter nous mène aux portes d'un monde infiniment subtil : celui des émotions. N'ayons aucune méfiance envers ce mot. L'émotion est une condition mentale à laquelle pas un n'échappe. Ce que nous recevons de la musique est une émotion. Certes, les émotions se combinent et se confondent en ensembles confus, mais elles nous transforment. L'émotion est un mouvement, et c'est par l'émotion que l'esprit et le corps se recomposent. Écouter, c'est éprouver la conscience d'une expérience qui se manifeste entre un fait psychique et un fait physique. Où naît cette expérience ? Et d'abord, d'où naît une musique ? Peut-être une oeuvre musicale n'a-t-elle pas d'origine bien définie car sa provenance se perd et s'oublie dans la profusion de ses interprétations. Écouter, c'est retrouver cette perte du sens. Écouter la musique, c'est inventer les exigences de cet abandon. Mais composer n'est pas écouter. Celui qui compose entend, mais il n'écoute pas. Adolescent, il m'apparaissait que tout cela relevait du même empressement et, longtemps, j'ai confondu composer et écouter. Je craignais de composer parce que j'en ignorais tout. {L'oreille, organe de la crainte, nous dit Nietzsche). Je n'avais même aucune idée de la composition. Écouter restait le seul moyen disponible à cette impensable transgression. L'écoute était comme une ombre. L'ombre du composer.


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