Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Dans douze nouvelles lumineuses et, en même temps, profondes comme l'absence qui suit un départ, Alain Briottet a le talent de nous attacher à quelques personnages - et l'art de nous y attacher très vite, en quelques lignes. Hommes ou femmes parfaitement classiques et modernes en même temps - tout comme Boston -, côtoyés dans un bureau, au concert, dans un club de jazz un soir, ou le temps de marcher un moment côte à côte sur un trottoir - et même le prêtre de la paroisse du petit Jack Kerouac, dont on oublie que, à sa manière, c'était aussi un Bostonien ! Car, en poste à Boston avant d'être bientôt envoyé ailleurs, le narrateur n'a guère le temps de nous les faire connaître, ces personnages. Aussi nous les fait-il sentir ou deviner, ce qui est bien plus habile pour que nous ne les oubliions pas. À la première ligne, nous étions déjà en partance; à la dernière, c'est presque comme si nous restions... Alain Briottet ou l'art de l'attachement.
Diplomate, Alain Briottet a servi en Europe, en Asie et en Amérique, où il a été notamment en poste à Boston.
Les courts extraits de livres : 06/04/2007
UNE FÊTE DES ROIS
Depuis que j'étais arrivé à Boston, j'avais fait la connaissance de plusieurs ménages franco-américains. Il s'agissait presque toujours de Françaises ayant épousé des Américains. Rarement l'inverse.
Les ménages franco-américains avec lesquels j'avais sympathisé étaient déjà entrés dans le troisième âge. Ils s'étaient formés au lendemain de la guerre, et à cause de la guerre. Assez nombreux sont les soldats américains, qui sont retournés chez eux, avec de jeunes Françaises rencontrées après le Débarquement ou la Libération de Paris.
Quand ils avaient surmonté les obstacles de leurs origines, quand ils avaient survécu aux difficultés de la vie et résisté à l'usure du temps, ils gardaient des événements qui les avaient portés, quelque chose de plus grand, quelque chose de pathétique parfois qui les rendait différents des autres. Ils avaient quelque chose de plus fragile aussi. C'était le cas des Soares.
Paul Soares avait connu Madeleine Descouvres dans les jours qui suivirent la Libération de Paris. Il avait débarqué, quelques semaines plus tôt, sur les plages de Normandie. Il devait faire la connaissance de celle qui allait devenir sa femme à l'Hôtel de Ville, lors d'une réception organisée par une association de marraines de guerre. Il disait qu'il avait été conquis par Madeleine dès l'instant où celle-ci lui donna un bouquet de fleurs, en murmurant dans un anglais qui n'était pas mauvais qu'elle n'avait rien d'autre à offrir, qu'elle avait été chercher ces roses à Antony où ses parents avaient un pavillon, et que ces derniers l'invitaient pour dimanche.