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Le temps est-il la perception que nous avons du monde ? Quels sont alors les mécanismes qui nous permettent de le saisir ? Quelles sont aussi les horloges internes qui le régulent ? En quoi détermine-t-il notre conscience du devenir et de l'anticipation ?
À la croisée de l'astronomie, de la physique des particules et des recherches liées au fonctionnement du système nerveux central de l'homme, Rémy Lestienne nous fait voyager dans le temps qui, pour être relatif, est plus que jamais l'acteur principal de notre histoire.
Rémy Lestienne, directeur de recherche au CNRS, a poursuivi des recherches en physique des hautes énergies et en neurosciences théoriques. Il est par ailleurs Président de l'International Society for the Study of Time.
Les courts extraits de livres : 07/04/2007
Une erreur remarquable de Galilée
Les savants philosophes du Moyen Âge avaient, nous venons de le voir, de vives difficultés à concevoir l'instant. La considération de durées de plus en plus brèves, jusqu'à la limite que constitue l'instant, exigeait d'eux un effort d'abstraction d'autant plus ardu qu'ils ne pouvaient guère s'appuyer, pour cette conquête de l'esprit, sur une habitude technique : la mesure de courts intervalles temporels était hors de portée de leurs horloges.
La rusticité des horloges de l'époque fut sans doute en partie responsable de la lenteur avec laquelle les fondateurs de la science moderne prirent conscience du rôle fondamental qu'il fallait assigner au temps dans la théorie physique. À cet égard, nul exemple n'est plus démonstratif que le lent cheminement suivi par Galilée pour découvrir la loi de la chute des corps. Il fallait en effet abandonner les descriptions purement géométriques alors à l'honneur, et conférer au temps un rôle central pour la description du mouvement. Les tâtonnements de Galilée et ses erreurs initiales sur ce point ne constituent d'ailleurs pas un cas isolé. Léonard de Vinci et Descartes, pour ne citer que ceux que mentionne Alexandre Koyré, commirent à la même époque des erreurs similaires. La répétition de ces erreurs montre bien la difficulté de passer d'une théorie de la nature fondée sur l'espace à une description fondée sur le temps, et l'importance de ce tournant dans l'histoire de la pensée scientifique.