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.. Procès d'un négrier

Couverture du livre Procès d'un négrier

Auteur : Marc Tardieu

Date de saisie : 05/04/2007

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Grands romans

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-268-06174-0

GENCOD : 9782268061740

Sorti le : 05/04/2007

Xavier Brossard - 13/04/2007


  • Les présentations des éditeurs : 07/04/2007

Mars 1823. Pour la première fois, l'armateur d'un bateau négrier est condamné à Nantes. Procès d'un négrier nous plonge au coeur de la conscience d'une ville qui, après s'être enrichie tout au long du XVIIIe siècle grâce à la traite des esclaves, décide de tourner la page. Cette mutation fut douloureuse, tant la collusion entre juges et notables locaux, la complaisance des autorités religieuses en place, la participation de tous à un trafic alors qualifié de commerce favorisaient le statu quo.
Procureur et évêque, armateur sans scrupules et capitaine repenti, chirurgien de marine et ancienne esclave devenue servante sont les personnages complexes, attachants ou odieux, lâches ou héroïques, de ce drame qui reflète une part de notre histoire commune. Mais sommes-nous si différents ? Les discriminations présentes ne sont-elles pas le fruit de ces horreurs passées ? Et notre époque n'a-t-elle pas aussi ses propres négriers, trafiquants d'armes et autres ?
Au-delà du contexte historique, ce roman peut se lire comme le procès de l'argent et du calcul économique lorsqu'ils se font les fossoyeurs de notre humanité.

Directeur de la collection «Gens d'ici et d'ailleurs» aux éditions du Rocher, auteur d'essais sur Les Antillais à Paris et Les Africains en France, Marc Tardieu a également signé plusieurs romans mêlant histoire et mémoire collective, notamment Le Bougnat, Le Bal de la rue de Lappe et Généalogie d'un métis.


  • Les courts extraits de livres : 07/04/2007

Ce jour-là, rien de bien appétissant n'était offert à sa voracité. Du menu fretin, de la criminalité quasi anonyme. Contravention à la loi sur les ventes d'alcool, délit de pêche. Deux hommes comparais­saient pour propos séditieux : François Coraboeuf, quarante-cinq ans, tête basse, vêtu de ses plus beaux habits, allait payer d'un mois de prison son égarement d'un soir qui l'avait conduit à crier devant des témoins malveillants : «Vive Napoléon II !» Pierre Tardivel, trente-trois ans, ouvrier-jardinier, affichait, lui, un air buté qui irrita aussitôt le procureur et le président Baron. Dans l'auberge du sieur Letourneux, ce bien triste personnage, l'haleine empuantie par l'alcool, avait déclaré tout de go devant des militaires qu'il faudrait brûler le roi et que «ceux qui le servaient étaient de la canaille».
Six mois de prison ferme et cinq cents francs d'amende en application des articles 9 et 10 de la loi du 17 mars 1819.
Pareils blasphèmes auraient été inconcevables avant la Révolution, pensait le procureur Bernard. Cette sorte d'idées ne montait tout simplement pas à la tête des hommes, même sous l'emprise de l'alcool. Il fallait désormais des chaînes et tout le poids de la justice pour faire entendre raison à ceux qui, à l'instar de ce Tardivel, auraient la tentation de parler du roi en termes injurieux, comme d'une simple poissonnière ou d'un charretier.
La sombre et grave colère du procureur redoubla d'intensité. Les plus jeunes juges admiraient sa verve qui transformait des séances empesées et répétitives en drames dignes du théâtre Graslin. Quant au président Baron, il hochait légèrement la tête sans que l'on pût dire s'il s'agissait d'un tic ou d'une réelle approbation. «Tragique affaire que le vagabondage !» clamait le procureur. Honte à cette Marie-Louise Lesolier, vingt-quatre ans, déjà condamnée à deux reprises pour des motifs similaires. Toute sa vie semblait taillée dans la même étoffe que les guenilles qui la drapaient à peine devant le tribunal. Combien de fois faudrait-il lui assener l'incontournable article 271 du code pénal ?


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