Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Lorsque vous voyagez, vous vous posez mille questions sur les habitants du lieu que vous visitez, sur leur façon de vivre, sur leurs règles de conduite, sur leurs particularités ? L'Autre guide est alors pour vous ! Il ne vous fera découvrir ni les villes, ni les monuments, ni les oeuvres d'art... juste les hommes et les femmes, ces grands inconnus de vos voyages.
Le Japon ?
moderne sans être occidental, performant sans être matérialiste. Et aussi, au-delà d'un certain formalisme, chaleureux, truculent et bon enfant.
Grâce à ce guide, vous pourrez commencer à comprendre.
Philippe Pons, vit depuis de nombreuses années au Japon, où il est correspondant du Monde.
Professeur à l'INALCO, Pierre-François Souyri est aussi directeur de la Maison Franco-Japonaise à Tokyo.
Les courts extraits de livres : 10/04/2007
Dérouté par cette «modernité exotique», on sera tenté d'opposer «tradition» et «modernité». On trouvera les Japonais «américanisés» et l'on traquera ce qui survit dans leurs moeurs du Japon des estampes. Mais l'opposition tradition/modernité est une fausse question. Celle à laquelle nous convient les Japonais est plutôt : comment peut-on être moderne sans être occidental ? La tradition que nous traquons est certes un héritage d'usages et de coutumes, mais elle s'exprime plus encore dans des manières d'être sous-jacentes, discrètes, dans un rapport à la vie, à l'autre, à la nature ou au corps qui perdurent au-delà de ses expressions artistiques ou de pratiques fossilisées, estampillées «traditionnelles». Elle est moins à chercher dans ce qui résiste à la modernité, dans des coutumes ou des formes qui bravent le temps que dans de petits faits de la vie ordinaire : une mémoire en acte.
Ce que les comportements des Japonais aujourd'hui nous convient à comprendre, c'est comment une modernité peut se construire sur un socle culturel différent de celui de l'Occident. La modernisation n'a pas ici introduit de hiatus entre les coutumes anciennes et contemporaines : soit les pratiques modernes se nourrissent du passé, soit les plus anciennes se mâtinent de modernité. Mais, nous objectera-t-on, c'est en s'ouvrant à l'Occident au milieu du XIXe siècle et en le «copiant» que les Japonais ont basculé dans la modernité. Sans doute. Mais ce n'est pas si simple. Le contact avec l'Occident fut un déclencheur : l'accoucheur d'une proto-modernité forgée au cours des siècles précédents. Sans minimiser l'impact des emprunts du Japon à l'étranger (en termes de techniques ou de catégories de pensée), la modernité japonaise est le fruit d'une histoire cumulative plus que d'une simple occidentalisation. L'ère Meiji (1868-1912), c'est-à-dire le règne de l'empereur passé à la postérité sous ce nom, a été une époque de profonds bouleversements politiques, économiques, sociaux. Mais elle ne faisait pas suite à des siècles d'obscurantisme «féodal». Le Japon des shoguns Tokugawa (dynastie de chefs militaires) qui, sortis vainqueurs de guerres entre les grands feudataires, avaient pris le pouvoir au début du XVIIe siècle, était certes, deux siècles plus tard, en retard sur l'Occident en termes de systèmes politique et économique. Mais il n'était pas en retard du point de vue «civilisationnel».