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Pourquoi peut-on dire entraîneur, mais pas entraîneuse ? Pourquoi certains masculins en "eur" ont-ils un féminin en "ice", tandis que d'autres le forment en "eure" et d'autres encore, en "euse" ? Pourquoi -ce qui n'a jamais été dit, ni écrit- le féminin en "euse" est-il péjoratif alors que celui en "trice" est valorisant ? Entre copieuse et bienfaitrice, notez la différence... Pourquoi enfin les féminins en "esse", autrefois très côtés, sont-ils devenus peu flatteurs ?
Dans cet essai au ton joyeux, Claude Duneton nous livre les clefs historiques des subtiles et complexes "formes féminines" du français. Que nous employons à bon ou mauvais escient, mais sans toujours en être conscients. Et il interroge l'évolution de notre langue au fur et à mesure que les métiers se féminisent et que la parité s'installe.
La revue de presse Hélène Viala - Le Monde du 13 avril 2007
C'est en ayant choisi pour exergue un aphorisme mi-absurde mi-provocateur : "La principale différence entre l'homme et la femme, c'est la femme", que Claude Duneton, romancier, essayiste et chansonnier, nous met dès la première page en bouche ce savoureux opuscule, un rien iconoclaste et terriblement érudit, sur les "terminaisons dangereuses" en matière de masculin-féminin. Le sujet, on le sait, est sensible. Ce qu'on sait moins, c'est que ce souci du "politiquement correct" en matière de déclinaison du genre ne date pas d'hier...
D'une façon aussi enjouée - même s'il a un peu tendance à user et abuser de l'évocation du "jupon" - que documentée, ce gourmand de langage (Le Plaisir des mots, Denoël 2005, Guide du français familier, Seuil 1998, etc.) nous donne en effet les clés de certains de ces véritables mystères sémantiques...
Certes les féministes pures et dures resteront sans doute sur leur faim et se sentiront peut-être agacées par le parti pris de légèreté, mais peut-être aussi salueront-elles là un des trop rares essais féministes écrits par un homme. D'ailleurs, comme le fait remarquer l'auteur, citant Pierre Desproges, les Françaises ne sont pas si mal loties : imaginons-nous l'équivalent d'un "Françaises, Français" chez les Russes ou chez les Belges ?
Les courts extraits de livres : 20/04/2007
Le bal de la colonelle
Les choses se compliquent un peu à mesure que l'on prend du galon. Pourquoi ? Parce qu'à partir du grade de commandant, et surtout de colonel, le statut social oblige à une vie mondaine dans les préfectures, ce qui amène l'épouse de ces officiers sur le devant de la scène. La commandante, la colonelle, sont les femmes de ces messieurs ; elles donnent des réceptions auxquelles se rend le préfet en uniforme, en compagnie de la préfète, de l'inspecteur d'académie, d'avocats, de substituts, de gens du monde qui constituent le gratin d'une ville de garnison. Le rôle bien établi de ces dames, y compris dans la littérature, brouille légèrement les pistes. Le bal de la colonelle, naguère une institution, n'est plus facilement identifiable. Il en va de même pour la générale, pas celle qu'on bat, celle qui porte des étoiles sur son képi...