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.. Il me faut aimer une pierre

Couverture du livre Il me faut aimer une pierre

Auteur : Antonio Lobo Antunes

Traducteur : Michelle Giuducelli

Date de saisie : 12/04/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 28.00 € / 183.67 F

ISBN : 2-267-01907-8

GENCOD : 9782267019070

Sorti le : 12/04/2007

Marie Nicolle - 19/04/2007


  • Les présentations des éditeurs : 13/04/2007

Comme souvent chez António Lobo Antunes, les discours parallèles se superposent. Très vite, il est clair que chacun ne s'adresse qu'à soi-même, dans l'évocation solitaire et obsédante de ses souvenirs les plus marquants et les plus secrets, réveillés par des photos, des confidences, une visite ou par le simple besoin d'inventer des histoires pour tromper son ennui. Car si l'auteur du livre est bien António Lobo Antunes, il délègue à l'un de ses personnages le soin de créer les autres. En l'occurrence, c'est une ancienne couturière qui assemble les différents morceaux de ces «vies minuscules» sur sa machine à coudre/à écrire. Cette vieille femme à l'existence difficile, sujette à des hallucinations, donne le ton à un livre centré sur les carences affectives qui touchent tous les protagonistes, avec leur singularité, qu'ils soient parents, enfants ou amants. L'on pourrait même les résumer par les mots de la Carmen de Bizet : si tu ne m'aimes pas je t'aime... et si je t'aime pauvre de moi.


  • Les courts extraits de livres : 13/04/2007

Sur cette photo trop petite, trop floue, prise pendant la guerre à Bissau et qui a plus mal vieilli que les autres
(elle a dû rester des mois à se rouiller dans l'appareil)
je suis le huitième en partant de la gauche devant le mur de la caserne, on ne distingue ni les visages ni les mains, on ne voit que l'ombre d'un arbre au milieu
(presque au milieu)
des tenues de camouflage, des cartouchières, on devine des brodequins, je suis le huitième en partant de la gauche parce que sur le ventre une croix à l'encre qui a vieilli elle aussi, pas bleue, pâle, plus des marques qu'une croix
(juste une petite trace là où les traits se rejoignent)
si je continue à la regarder l'ombre de l'arbre grandit et nous engloutit, on entend des camions, des voix, les diph­tongues d'un oiseau, même s'ils ne sont pas tous morts en Afrique, il me semble que tous sur la photo, à commencer par moi, morts maintenant, on a caché leurs bras derrière leur dos, on a redressé leurs corps dans la rigidité des défunts, on n'entend pas seulement les camions et les voix, on entend les coups de feu, l'hélicoptère qui nous récupérait, les arbustes incroyablement inextricables ou des rives boueuses, et l'instantané se vide de soldats, nous sommes onze, nous sommes cinq, nous sommes trois, je suis le prochain à disparaître sur le mur car l'ombre de l'arbre me dévore les chevilles, il reste les marques de la croix à l'encre à ma place, toutes seules, celui qui feuillet­terait l'album en les montrant du doigt, c'est-à-dire en montrant le mur de la caserne si tant est qu'il y eût jamais une caserne
- Mais il n'y a personne ici et pas même de caserne peut-être, il y a eu un tir de mortier et il ne reste plus que les feuilles de l'arbre et les diphtongues de l'oiseau, le propriétaire de l'un des jardins de Beato inspectait son potager, se mettait en colère, allait chercher sa carabine à petits plombs, visait les légumes et relevait du sol des petits paquets de plumes ensanglantés, sans tête
(nous)
les écrasait d'un air satisfait


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