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Auteur : Michel Geoffroy
Date de saisie : 13/04/2007
Genre : Ethique
Editeur : Table ronde, Paris, France
Collection : Contretemps
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7103-2911-4
GENCOD : 9782710329114
Sorti le : 05/04/2007
Chacun désire confier sa santé - physique et morale - à un «bon médecin». Mais c'est une espère rare. Qu'est-ce qu'un bon médecin ? Cet essai philosophique tente de répondre à cette question. Un «bon» médecin est à la fois savant, patient et prudent.
La médecine contemporaine use et abuse, au point de devenir scientiste, de la médicalité. Elle décompose le corps, ne le perçoit que dans l'instant, réduit la maladie au biologique, et oublie l'homme. La science est nécessaire, mais elle ne peut suffire au bon médecin.
Il faut également la patience, vertu qui laisse advenir le temps de l'autre - le malade - et permet de rétablir la symétrie dans une relation, au départ, totalement asymétrique : celui qui sait face à celui qui ne sait pas, ou peu. La vertu de patience donne à la relation de soin la dimension d'une rencontre dans laquelle le patient (doué de la vertu de patience, le médecin) exerce un ministère au profit du patient (le malade, celui qui souffre).
La prudence n'est pas moins nécessaire. Qu'elle se présente comme habileté, modestie, prévoyance, expérience, capacité de délibération afin de choisir la moins mauvaise solution, elle manifeste une sagesse pratique s'appliquant à des cas particuliers. Car la science ne se préoccupe que du général.
Enfin, un bon médecin doit être un médecin «bon». La sagesse pratique ne suffit pas, il lui faut aussi une inquiétude par l'autre qui est l'origine même de l'éthique.
Michel Geoffroy, docteur en médecine, docteur en philosophie, a exercé pendant vingt-cinq ans la médecine générale en milieu rural avant de créer et de diriger, pendant dix ans, une unité hospitalière de soins palliatifs. Il est l'auteur, entre autres ouvrages, de La Patience et l'Inquiétude, en 2004.
La théorie, rien que la théorie ?
La contemplation de l'envers intelligible d'une réalité phénoménale vécue à l'avers ne suffit cependant pas à transformer la connaissance «vulgaire» en connaissance «scientifique». H y faut d'autres conditions que je décrirai par la suite. Pour l'heure, nous pouvons remarquer qu'existent d'autres façons théorétiques d'être médecin que celles qui prévalent dans la pratique savante : il s'agit de la pratique des médecines dites «parallèles». Celles-ci se décrivent comme moins «agressives» que la médecine exercée sous la férule du paradigme biomédical. Elles seraient des «médecines douces» dans lesquelles le contact avec le malade serait privilégié aux dépens d'une relation purement technique où le malade ne se sent pas reconnu dans son entité. Ces médecines connaissent, à notre époque, un regain d'intérêt de la part du public qui les «consomme» parfois conjointement à la médecine «classique». Rien ne manque, dans les médecines parallèles, à la première des conditions qui font de l'observation d'un univers phénoménal et vécu une véritable science. La théorie y est, tout comme dans la médecine «classique», présente. Elle y est même si présente qu'elle y est hypertrophique. Comme elle n'y est limitée par aucune autre condition, elle occupe toute la place d'un discours qui se donne comme connaissance. La cartographie anatomo-pathologique, à expression essentiellement langagière, que nous évoquions plus haut à propos de la poliomyélite antérieure aiguë, est parfois remplacée, dans l'auriculothérapie ou bien la réflexothérapie, par exemple, par un nouvel agencement topographique du corps : stimulant telle ou telle partie du lobe de l'oreille ou de la voûte plantaire, le thérapeute pourra agir sur les organes malades figurés sur cette carte ésotérique. Un micro-soma - l'oreille, la voûte plantaire, l'iris... - représente l'image intelligible d'un macro-soma, sa réalité essentielle et fournit, en toute commodité, les instruments diagnostiques et thérapeutiques permettant, en connaissant et en agissant sur le micro, de connaître et d'interagir avec le macro. Une correspondance précise unit, dans la théorie qui lie le corps entier avec des symboles plus accessibles, tel organe que le vécu vulgaire considère comme malade avec un locus cutané qui en devient le signifiant. Le tout est consigné dans une carte dessinée à l'encre sympathique, invisible aux ignorants, à ceux qu'une dialectique ascendante n'aura pas fait trouver l'entrée de la caverne, à ceux qui prennent encore l'ombre pour la proie, mais plus claire que les phénomènes, en tout cas plus intelligible aux initiés, à ceux à qui la Connaissance confère une puissance thérapeutique.
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