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Auteur : David Fauquemberg
Date de saisie : 13/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Hoëbeke, Paris, France
Collection : Etonnants voyageurs
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84230-282-5
GENCOD : 9782842302825
Sorti le : 13/04/2007
David Fauquemberg - 08/06/2007
Charlotte Etasse - 01/06/2007
Nathalie Bruthiaux - 26/04/2007
Collection Étonnants voyageurs dirigée par Michel Le Bris
À l'orée des années 2000, un jeune homme traverse, seul, le Grand Ouest australien. Une échappée, plus qu'un voyage, par-delà les confins désolés de la plaine de Nullarbor. Et la découverte pour le lecteur d'une Australie loin des clichés faciles, âpre, cruelle, où les êtres semblent se perdre, au sens strict se défaire, dans l'immensité du paysage. Une campagne de pêche hallucinante dans l'océan Indien, quand les hommes ne sont plus que machines à tuer, précipite la fuite en avant, toujours plus au nord. C'est en naufragé, éreinté, que le narrateur vient s'échouer à Broome, puis sur les terres aborigènes de Wreck Point. Une main se tend alors, la dernière. Celle d'Augustus, ancien de la tribu Bardi, qui lui ouvre les portes d'un ailleurs fantastique. Mais il est bien trop tard. Et la nature hostile resserre son étreinte. Récit singulier, sombre et sans fard, qui fait songer par son intensité au Fargo des frères Coen, d'un «monde sans prudence, où tout n'est que violence et ruine». Et la révélation d'un talent dans la lignée des plus grands écrivains voyageurs.
David Fauquemberg a 33 ans. En 1998, il enseigne la philosophie quelques inouï avant de prendre la tangente, direction l'Australie, où il séjourne plus de deux ans. Un périple tragique dans les confins occidentaux de l'île-continent lui a inspiré ce premier livre.
Nous sommes donc projetés brutalement dans cette plaine inhospitalière -- et sans arbres - du Grand Ouest australien, Nullarbor. Objectif : rallier Perth en auto-stop. Sur la route, notre jeune voyageur va croiser une bande de camionneurs déjantés, quelques alcooliques perdus au milieu de nulle part et, finalement, les aborigènes de Wreck Point. Le tout par 45 °C à l'ombre. Sans même parler - morceau de bravoure du livre - de l'équipée sur un chalutier, où une bande de sadiques descend des requins à la Winchester en manquant à chaque instant d'éborgner le «putain d'Français» à coups d'hameçons géants.
Au début des années 2000, un jeune Français traverse, seul, le Grand Ouest australien. C'est une échappée, plus qu'un voyage, par-delà les confins désolés de la Nullarbor Plain. On sent qu'il en a plein la casquette. Qu'il a voulu s'éloigner le plus loin possible de l'Europe. Il a envie d'en baver. Il ne sera pas déçu... Commence alors un véritable «road-movie» : traversée de la Nullarbor en stop ; arrêts dans des motels miteux ou des bars de station-service remplis de personnages inquiétants...
Son périple, il le voulait tragique et aventureux. Il lui a inspiré le tableau réussi d'un «monde sans prudence, où tout n'est que violence et ruine».
Il y a des êtres qui ont le don, le courage aussi, de vivre plus et plus fort que le vulgum pecus. David Fauquemberg est de ceux-là. Ainsi que l'explique Michel Le Bris qui vient de lui faire décerner, à Saint-Malo, un prix Nicolas-Bouvier amplement mérité, Fauquemberg n'appartient pas à ces «nouveaux voyageurs» mondains, qui courent surtout les plateaux de télévision...
Au fil de ces pages, où alternent descriptions fort réussies, épisodes dramatiques ou cocasses, on peine à croire que David Fauquemberg ait pu vivre tout ça pour de vrai. Et pourtant. C'est un étonnant voyageur, sans nul doute. C'est aussi un bel écrivain, dans la lignée des plus grands, Nicolas Bouvier ou Bruce Chatwin. C'est surtout un homme qui, poussé par on ne sait quel démon de l'absolu, a choisi d'aller à la rencontre de l'ailleurs et de l'autre, si hostiles soient-ils. Chapeau.
Quand un normalien plaque l'enseignement de la philosophie pour partir sur les routes, c'est plutôt bon signe. On avait repéré l'auteur de guides (pour Gallimard), puis l'un des meilleurs traducteurs de sa génération (Un acte d'amour, de James Meek, notamment). David Fauquemberg cachait d'autres talents... «En quête d'intensité», il fut tour à tour marcheur en Laponie, boxeur à Cuba, arpenteur de Patagonie et guitariste de flamenco, initié par les Gitans de la sierra andalouse. Plusieurs vies en seulement trente-trois ans ! David Fauquemberg est désormais écrivain. Proclamé «coup de coeur de l'année» du festival de Saint-Malo grâce à son premier livre, Nullarbor. Un récit lapidaire, percutant, novateur, de son périple dans les contrées sauvages d'Australie...
«Je voulais conserver l'énergie du voyage, son intensité. Pour moi, la nature n'est pas un décor mais un personnage. Je reste persuadé qu'elle est active... L'Australie est un pays tellurique. On y sent physiquement la révolte de la terre.» D'où ce souffle, presque animal, qui émane du sol rouge sang et tire parfois le narrateur de son sommeil. Ce mystère des profondeurs va s'incarner dans un crocodile géant, d'un autre âge. On pense à Moby Dick : Fauquemberg renoue avec les idées les plus fortes du chef-d'oeuvre de Melville. Tout bruit disparaît à la fin du récit, quand le vieux monde se noie dans un dernier sacrifice.
Pêcheurs
Adam m'a largué dans un hôtel miteux qui tenait lieu d'auberge de jeunesse. On m'a attribué un lit dans un dortoir de six. Réservé aux hommes, d'après l'état de la salle de bains. J'avais réglé d'avance la première nuit, mon crédit était épuisé. Il fallait que je bosse, et vite. Le patron de l'hôtel n'avait rien à me proposer. «Trouver du travail, ces temps-ci... À moins que...» Il hésitait, me jaugeant du regard. «J'vois guère que la pêche au large. Les bateaux ont toujours besoin de main-d'oeuvre. Ça paie pas mal. Pis eux, demanderont pas d'visa. Les armateurs, c'est mafia et compagnie. Mais franchement, si tu veux un conseil, trouve autre chose. N'importe quoi. Parce que ce genre de job, c'est pas fait pour les gars comme toi.» M'embarquer sur l'Indien avec de vieux marins bourrus, écouter leurs histoires de mille tempêtes, l'idée ne manquait pas de charme.
Oubliant la fatigue, je suis descendu sur le port, histoire de repérer les lieux. Il y avait un bateau à quai. L'équipage lessivait le pont, canette en main. Une brute plus épaisse que haute dirigeait la manoeuvre depuis la passerelle, aboyant des instructions monosyllabiques. Ses petits yeux rageurs jaillissaient d'une barbe broussailleuse, qui lui dévorait les deux tiers du visage. Une barbe aussi rouge que sa longue tresse. Je tenais là mon loup de mer et, à n'en pas douter, le capitaine de ce navire. Observer ni vu ni connu, peaufiner une tactique d'approche. Ils se sont arrêtés, intrigués par mon manège. Je m'étais fait repérer trop tôt. Déconfit, j'ai battu en retraite. Mais un grognement sourd a résonné derrière mon dos. Faisant volte-face, je me suis retrouvé nez à nez avec le rouquin laconique. «T'cherches du boulot ? Départ ce soir, neuf heures. Ça t'va ?» J'ai fait «oui» deux fois. En guise de contrat, il m'a broyé la main. Neuf heures : ça me laissait tout juste le temps de passer à l'hôtel pour prendre mon barda. Le patron a vainement tenté de me dissuader. Prendre la mer avec de parfaits inconnus, pour un boulot dont je ne savais rien, ce n'était sans doute pas malin. Mais j'étais complètement à sec. Qui sait si l'occasion se représenterait ?
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