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1944 le narrateur perd sa mère dans un incendie. L'orphelin grandit auprès d'un père affectueux et de ses grands-parents. Il est choyé, ne manque de rien sauf peut-être d'un souvenir de sa mère, une image d'elle qui aide sa mémoire de petit garçon. Devenu un homme, cette image absente continue de l'obséder. En lisant l'histoire de l'enfance de Léonard de Vinci, il découvre que l'énigmatique Mona Lisa ne serait en réalité que l'idéalisation de la mère du peintre disparue quand il était enfant. La Joconde fascine le narrateur et tout s'emballe. Une folie douce s'empare de lui. Tous ceux qui le rencontrent voient en lui l'image de leur mère. Il est devenu la mère de tous !
Traduit du grec moderne par Caroline Nicolas
Le Fils de la Joconde, c'est l'histoire d'une quête fantaisiste, aussi bien qu'une allégorie ou une parabole. Du conte à l'essai psychanalytique, du rêve éveillé aux confins de la folie, Auguste Corteau se joue de nous et de lui-même. Préserver son âme d'enfant pour se faire peur, s'émerveiller... Tel est le fil conducteur qui nous mène à ce cocktail inimitable de sarcasme, d'autodérision et d'hilarante absurdité.
Les courts extraits de livres : 20/04/2007
Automne 1940. Une jeune femme, parmi tant d'autres Juives de Pologne - des milliers en vérité -, réussit à se rendre en France, jusqu'à Montpellier, où un riche viticulteur et sa famille s'apitoyèrent sur son sort et la cachèrent en la faisant passer pour une domestique. Pour couper court à toute narration un peu trop romanesque - je ne prise guère la littérature -, autant dire tout de suite que la jeune femme n'était autre que ma mère et le fils aîné du viticulteur, mon père. Ce dernier, comme d'ailleurs le reste de la famille, s'était mépris sur son âge et, pensant qu'il s'agissait d'une fillette à peine pubère tant elle paraissait jeune et fragile à cause des privations, la prit en pitié. Mais, quand la petite domestique reprit du poil de la bête, mon père oublia bien vite l'âge qu'il lui avait dans un premier temps donné, cessa de la prendre en pitié et tomba amoureux d'elle. Et ma mère en fit de même à son tour, bien que mon père boitillât du pied droit. C'est d'ailleurs ce qui lui permit d'échapper à la guerre et en ces temps troublés, si une jeune fille n'aimait pas un invalide, elle n'avait d'autre choix que d'aimer un mort. Les tourtereaux demandèrent à convoler en justes noces. Mais mes grands-parents tiraient leurs revenus de la terre et leurs principes de la bourgeoisie. Ils refusaient de voir leur fils se commettre avec une fille du peuple, juive par-dessus le marché. Ils lui donnèrent à entendre qu'il ferait mieux de se mettre du plomb dans la cervelle ; quant à ma grand-mère - parlez d'une mère ! -, elle menaça de les livrer l'un et l'autre au IIIe Reich, si bien que mon père, redoutant que seule sa dulcinée fût dénoncée, n'eut d'autre choix que de la prendre par la main pour fuir, clopin-clopant, à Paris.