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Auteur : Sabahattin Ali
Traducteur : Jean Descat
Date de saisie : 20/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France
Collection : Fiction étrangère
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-268-06131-3
GENCOD : 9782268061313
Sorti le : 15/03/2007
À la fin de la Première Guerre mondiale, le père de Raif Efendi, producteur de savon, l'envoie à Berlin pour y apprendre le métier. Le jeune Turc s'éprend de l'image d'une femme, celle d'une certaine Maria Puder dont il admire l'autoportrait au cours d'une exposition, un tableau intitulé La Madone au manteau de fourrure en raison de la ressemblance avec la Madonna d'Andréa dei Sarto. Fasciné par sa beauté et son port de reine, il tombe fou amoureux de Maria sans jamais l'avoir vue.
Quelques jours avant sa mort, il apprend la vérité sur le sort de sa «madone»...
Traduit du turc par Jean Descat
Né en 1906 dans la région de Gumuldjiné, Sabahattin Ali publie ses premières nouvelles dans les années 30, dans une revue dont le secrétaire de rédaction n'est autre que Nazim Hikmet. Le romantisme brumeux de ses premiers essais cède progressivement la place à l'observation réaliste et à la révolte sociale. À la suite d'un écrit satirique critiquant Atatürk, il est accusé de propagande, emprisonné, et perd son poste de professeur d'allemand. Il devient la cible des nationalistes turcs après la parution de son second roman Le diable qui est en nous en 1940. En 1948, il est assassiné alors qu'il tentait de fuir vers la Bulgarie.
Hamdi était un bon camarade, mais je ne l'avais pas vu depuis que j'avais été renvoyé de la banque. Il faisait du courtage dans la vente de machines et était, en outre, l'adjoint du directeur d'une entreprise de bois de construction ; je savais qu'il gagnait bien sa vie. Si je n'avais pas eu recours à lui, c'était parce que je ne voulais pas qu'il pense que si je venais le voir, ce n'était pas pour lui demander de m'aider à trouver du travail, mais pour lui emprunter de l'argent.
- Tu es toujours à ta banque ? me demanda-t-il.
- Non, je les ai quittés.
- Où es-tu maintenant ? Je répondis à contrecoeur :
- Je suis disponible.
Il me regarda des pieds à la tête, examina mes vêtements avec l'air de se demander s'il avait bien fait de m'inviter et me tapa sur l'épaule avec un sourire amical :
- Ne t'en fais pas, nous parlerons de tout ça ce soir et nous trouverons une solution.
Il semblait heureux de l'aubaine et sûr de lui. Il pouvait maintenant s'offrir le luxe de venir en aide à ses amis. Je l'enviais.
Il habitait une petite maison charmante. Il avait une épouse un peu laide, mais sympathique. Ils s'embrassèrent devant moi sans se gêner. Hamdi alla se laver et me laissa seul.
Comme il ne m'avait pas présenté sa femme, je restais planté au milieu du salon sans savoir que faire. La jeune femme restait près de la porte et m'observait à la dérobée. Elle réfléchissait. Il lui vint probablement à l'esprit de m'inviter à m'asseoir. Mais elle décida que ce n'était pas nécessaire et sortit sans se presser. Je me demandais pourquoi Hamdi, qui était tout sauf négligent et qui, toujours soucieux de sa réussite, ne négligeait aucun détail, m'avait ainsi planté là. C'est une habitude fréquente, chez les personnes qui sont parvenues à des postes importants, de se montrer délibérément désinvoltes avec leurs anciens amis, surtout ceux dont la situation est plus modeste. Pour montrer leur bienveillance protectrice, ils se mettent soudain à tutoyer des gens à qui ils avaient toujours dit vous, et ils vous coupent la parole le plus naturellement du monde, avec un sourire plein d'aimable condescendance, pour vous poser des questions futiles...
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