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.. Ménage à trois : littérature, médecine, religion

Couverture du livre Ménage à trois : littérature, médecine, religion

Auteur : Vincent Kaufmann

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, France

Collection : Perspectives

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-85939-982-5

GENCOD : 9782859399825

Mélanie Couillaud - 09/05/2007


  • Les présentations des éditeurs : 26/04/2007

Vincent Kaufmann, professeur à l'École des Hautes Études économiques, juridiques et sociales de St. Gall (Suisse). Il a publié notamment L'Équivoque épistolaire (Éditions de Minuit, 1990), Poétique des groupes littéraires. Avant-gardes 1920 -1970 (PUF, 1997) et Guy Debord. La révolution au service de la poésie (Fayard, 2001).

L'imaginaire médico-religieux : un chapitre méconnu de l'histoire de la littérature moderne. De Balzac à Guibert, de Michelet à Leiris, en passant par Zola, Huysmans, Artaud et tant d'autres, un tel imaginaire a configuré les conceptions les plus diverses de la littérature et de l'art.
Portraits de l'écrivain en clinicien, en anatomiste de la société, en guérisseur, ou encore en patient, digne de compassion : dans leur variété, ces figures renvoient à une problématique inséparablement médicale et religieuse. On suit ainsi les avatars littéraires d'un très vieux ménage à trois : l'artiste, le médecin, le prêtre. Pacifique, dit-on, dans les temps anciens (celui des chamans par exemple), ce ménage est devenu problématique et conflictuel chez les modernes. Il est traversé de divergences, d'exclusions, d'alliances des uns aux dépens des autres, de neutralisations et de retrouvailles.
La littérature moderne n'est certes pas identifiable au médical, ni au religieux, mais elle s'y confronte comme à autant de tenaces altérités. Toute son histoire en suscite et en défait les croyances. Ménage à trois, donc : mais avec scènes de ménage...


  • Les courts extraits de livres : 26/04/2007

Hypocondrie, croyance, comédie

Ne refermons pas Le Malade imaginaire trop vite. C'est un texte qui en dit long non seulement sur les rapports entre douleur et imagination, sur l'incessante relance de l'une par l'autre, sur l'hypocondrie comme demande d'être, mais également sur les rapports que la douleur, imaginaire ou non, entretient avec la croyance, avec le sentiment religieux en général.
Dans Totem et Tabou, Freud assigne à l'origine d'un tel sentiment un drame en deux temps : le premier est celui du meurtre du père par les fils (par la horde primitive), le second est celui de son rétablissement par les fils pris de culpabilité, sous la forme du totem par exemple, soit celui de son retour symbolique. Les fils croient au père mort, ils ne croient qu'au père mort. Un père vivant n'est pas crédible, il prend trop de place, il prend toutes les femmes, et plus généralement il prétend à un monopole en matière de jouissance. Argan, avec sa peur pathétique de la mort ou de son être-mort en tant que père, avec sa tyrannique faiblesse, en est la preuve. Personne n'y croit pas, personne ne s'y fie.
Le problème du mythe de la horde primitive, outre son caractère justement mythique et quelques autres, c'est qu'il n'explique le sentiment religieux que du point de vue des fils, alors que dans Le Malade imaginaire, la question de la croyance se présente beaucoup moins comme celle du ou des fils (si l'on fait abstraction de Thomas Diafoirus, figure parfaite du sectaire idiot) que comme celle du père lui-même. Que croit le père dans tout ça, ou pour parler comme Argan, «que dit le père à tout cela ?». Il le dit significativement au moment de la tentative de communication «théâtrale» de Cléante avec Angélique, faite pour le tromper mais dont justement il n'est pas dupe. Que dit le père, que croit le père, de quoi le père est-il dupe ou non ? Avec sa horde primitive, Freud évite une telle question, mais il n'est pas dans les moyens de tout le monde d'être le premier père, d'être celui qui, étant à l'origine de tout effet de croyance, en serait du même coup exempt. Le grand croyant de la pièce, le grand dévot, c'est en tout cas Argan lui-même, qui s'accroche à sa maladie ou à ses médecins comme d'autres à leurs fétiches ou à leurs cassettes. Son hypocondrie est strictement équivalente à une croyance (singulière et pathologique). Significativement, tous les débats concernant la médecine se résument dans Le Malade imaginaire à la question de savoir si on y croit ou non.


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