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.. Qui si je criais... ?

Couverture du livre Qui si je criais... ?

Auteur : Claude Mouchard

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Essais littéraires

Editeur : L. Teper, Paris, France

Collection : Essai

Prix : 27.50 € / 180.39 F

ISBN : 978-2-916010-20-5

GENCOD : 9782916010205

Claire Lamarre - 16/05/2007


Claire Lamarre - 09/05/2007


  • Les présentations des éditeurs : 26/04/2007

«Qui, si je criais, m'entendrait.. ?»

Cette question (lancée par Rilke, en 1910, au début des Elégies de Duino) pourrait être celle de nombre de «témoins» du XXe siècle qui ont survécu à des violences extrêmes, organisées, et s'abattant sur des masses sans défense.
Certains des rescapés des camps nazis ou staliniens, de Hiroshima ou Nagasaki, de la terreur khmère rouge, ont, dans leur recherche d'une écoute, produit des oeuvres capitales. A un certain nombre de ces oeuvres-témoignages - celles, entre autres, de Kertész, Nelly Sachs, Celan ou Sutzkever, de Chalamov ou Akhmatova, d'Ibuse ou Tôge, de Rithy Panh - Claude Mouchard s'attache à offrir une attention qui, précise, historiquement informée, soit surtout constamment sensible à leur puissance littéraire, voire poétique. Une question poético-politique hante ce livre : sous l'effet de pareilles lectures, qui devenons-nous, et pour quel avenir ?

Né en 1941, Claude Mouchard, poète, a publié Perdre, Ici, Un grand désert d'hommes, L'Air, et codirigé, avec Annette Wieviorka, La Shoah, témoignages, savoirs, oeuvres. Traducteur, il est professeur émérite à Paris 8 et rédacteur en chef adjoint de la revue Po&sie. De lui, les Editions Laurence Teper publient aussi en 2007 Papiers ! Pamphlet-poème.



  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 11 mai 2007

A l'effacement des traces de la souffrance vécue, vouées au silence de la neige, au recouvrement et à l'oubli, répondent la volonté de témoignage, la fragilité des oeuvres qui les porte, la piété à l'égard des morts qui n'ont d'autre sépulture que l'air et les nuages. A plusieurs reprises, Claude Mouchard revient sur ces deux métaphores, les analyse longuement, selon divers angles, tout en les laissant s'exprimer par elles-mêmes...
Le livre de Claude Mouchard est un bouleversant, immense et bruissant monument funéraire : on ne peut y entrer et y séjourner que le coeur meurtri par cette rétrospection d'un siècle tellement avide de morts, de souffrances et de mépris. Mais, meurtri, il nous faut prêter toute notre capacité d'attention et d'empathie à l'écoute de ces discours de cendres et de larmes, de révolte et de désespoir. C'est au prix de cette épreuve véritablement terrible de lecture que les paroles arrachées au silence, au mensonge et au "déni" - comme lors du procès Kravchenko en 1949 - peuvent rester vivantes, transmissibles, présentes à notre mémoire et, solidairement, à celle de l'humanité.


  • Les courts extraits de livres : 26/04/2007

L'espèce humaine : une prose politique

Il y a deux ans, durant les premiers jours qui ont suivi notre retour, nous avons été, tous je pense, en proie à un véritable délire. Nous voulions parler, être entendus enfin. On nous dit que notre apparence physique était assez éloquente à elle seule. Mais nous revenions juste, nous ramenions avec nous notre mémoire, notre expérience toute vivante et nous éprouvions un désir frénétique de la dire telle quelle.

Ainsi commence l'avant-propos de L'espèce humaine de Robert Antelme. Ce «désir frénétique», qu'éprouvèrent d'abord les déportés lors de leur retour, se heurta très vite à l'indifférence ou à l'ennui de ceux auxquels ils s'adressaient. Mais peut-être aussi la volonté de dire son «expérience» immédiatement, «telle quelle», s'étouffait-elle dans son propre flot. La prose rigoureuse de L'espèce humaine ne fut-elle pas regagnée sur - ou contre - cette première effervescence ?

Né en 1917, Robert Antelme était entré dans la Résistance en 1943. Il fut arrêté par la Gestapo en juin 1944 et déporté à Buchenwald, d'où il fut envoyé dans un kommando à Gandersheim.
C'est à Dachau qu'au printemps 1945, François Mitterrand, qui participe à l'ouverture des camps, le découvre.

Il avertit alors Marguerite Duras, avec qui vivait Antelme avant son arrestation, et Dionys Mascolo, l'ami le plus proche de Duras et d'Antelme. Il leur apprend qu'Antelme a le typhus et que, le camp étant en quarantaine, il va certainement y mourir. Mascolo, accompagné d'un ami, part à Dachau le 8 mai, parvient à en sortir Antelme et à le ramener.

Sur ce que fut la suite, pour Antelme et ses proches, on peut lire Autour d'un effort de mémoire de Dionys Mascolo ou La douleur de Marguerite Duras. L'espèce humaine paraît en 1947 aux éditions de la Cité Universelle. L'ouvrage sera republié en 1957 chez Gallimard qui, en 1978, le rééditera dans la collection Tel. Après L'espèce humaine, Antelme ne fera paraître que quelques articles - qui ont été republiés dans la revue Lignes, n° 21, janvier 1994, et dont l'un avait été largement cité par Annette Wieviorka dans Déportation et Génocide.


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