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Auteur : Louis Aragon
Préface : Jean Ristat
Date de saisie : 20/04/2007
Genre : Poésie
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Bibliothèque de la Pléiade
Prix : 125.00 € / 819.95 F
ISBN : 978-2-07-011890-8
GENCOD : 9782070118908
Sorti le : 20/04/2007
François Attia - 01/06/2007
François Attia - 31/05/2007
Aragon ne ressemble pas à l'image que l'on a de lui, celle d'un poète qui, après avoir pris part à l'aventure surréaliste, a recouru à la rime et à des formes traditionnelles pour chanter la France résistante, le parti communiste et l'amour d'Elsa. Sa voix propre est sans doute moins célèbre que celles que lui ont prêtées les chanteurs. Il arrive en effet qu'on ne voie en lui qu'un parolier de génie, surtout quand on néglige de «commencer par le lire». Sa poésie, il est vrai, n'est pas un rébus ; elle demeure une parole intelligible, ce qui la rend accessible, ce qui permet aussi à ses non-lecteurs de se méprendre à son propos. Aragon, à qui le lit, apparaît comme le poète du mouvement perpétuel. Inventeur de formes et de mètres nouveaux, il ne s'en tint jamais à ses découvertes, continua de se renouveler, contesta les genres anciens sans les refuser : en les utilisant. Comme Hugo (vu par Mallarmé), «il était le vers français personnellement». Comme Hugo encore, il eut plusieurs cordes à son instrument et n'en négligea aucune. Voici donc toute la lyre d'Aragon, rassemblée, ainsi qu'il l'a souhaité, dans l'ordre chronologique, depuis Feu de joie jusqu'aux Adieux en passant par des traductions et des textes épars dont cette édition offre le recueil le plus complet jamais réalisé. On a pris l'habitude de distinguer trois périodes dans ces soixante années de création : l'appel à l'imaginaire des époques dadaïste et surréaliste, la quête de la réalité à travers les noces de l'écriture et du militantisme (dont la poésie de la Résistance est la plus belle illustration), le lyrisme intime, enfin, qui offre une incessante relecture de soi via une diversité inouïe de formes. Ces deux volumes montrent qu'Aragon, en fait, ne changea jamais tout à fait de matière, que tous les enjeux de sa poésie - la langue, l'Histoire, le sujet individuel - sont toujours présents, même si l'accent est mis tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre. Son oeuvre poétique a l'unité, labyrinthique certes, mais incontestable, d'un océan. On en a beaucoup fréquenté les plages ; on peut désormais l'explorer jusque dans les grandes profondeurs.
Les raisons de porter Aragon aux nues sans esprit critique sont à coup sûr une trahison de son désir, son fameux "commencez par me lire !". Les raisons, ou plutôt les prétextes de la détestation sont plus variés. On met en avant sa soumission à la langue de bois et à toutes les positions du Parti communiste français, dont il était un membre influent, avant une tardive révolte en 1968, après l'intervention militaire soviétique en Tchécoslovaquie - qui lui coûta son journal, Les Lettres françaises...
Mais le véritable reproche n'est-il pas celui qui est tu, une sorte de terrible jalousie devant son incroyable facilité à écrire, cette folie du langage et du style, cette étrange souplesse, cette capacité à se réapproprier les formes comme à en inventer de nouvelles, cette maîtrise du roman conventionnel comme des recherches sur les structures de la narration, de l'écriture surréaliste comme de l'alexandrin parfait, du tercet, et de tant d'autres formes poétiques, dont l'édition des uvres poétiques complètes dans "La Pléiade" donne enfin la mesure ?
Avec les deux présents volumes de la Pléiade, voici Aragon remis aux normes de l'édition critique universitaire, et la plus prestigieuse, sous la houlette d'aragoniens brevetés dont le chef de file est Olivier Barbarant, auteur en 1997 d'un remarquable essai sur Aragon (La Mémoire et l'Excès, Champ Vallon)...
En 1952, Aragon intitulait une anthologie Avez-vous lu Victor Hugo ? On peut demander aujourd'hui : avez-vous lu Aragon ? «On me prend comme on me voit/sans me voir.» Désormais, on n'aura plus le droit de ne pas le voir.
Il y a des vies qui ne riment à rien. Celle d'Aragon rime à presque tout. On trouve dans ses poèmes beaucoup de fleurs, de chevilles, d'enjambements, de grands maux, de plus grands remèdes, de virtuosité spontanée et de piano mécanique. La beauté est rarement l'absente du bouquet. C'est elle plutôt qui le fait fleurir, accrochée «comme les fleurs des champs à des fleurs de serre», dans la tristesse, l'ostentation et avec rage...
Aragon, c'est d'abord ça : une colère vive, splendide, intacte, surréaliste, de lévrier dans un jeu de quilles...
On trouve bien sûr dans ces deux tomes les recueils qui firent la gloire de l'écrivain : le Crève-coeur, la Diane française, le Nouveau Crève-coeur, les Yeux d'Elsa, etc. Cet Aragon-là est le dernier pont entre vers écrits et chanson populaire. Il cède souvent aux réflexes métronomiques que son aisance lui donne...
Des dizaines de curiosités enchantent cette édition.
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