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Auteur : Michel Plon | Henri Rey-Flaud
Date de saisie : 05/04/2007
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Erès, Toulouse, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 2-7492-0704-5
GENCOD : 9782749207049
Sorti le : 05/04/2007
A l'orée de leur histoire, la philosophie et la psychanalyse ont rencontré toutes les deux la question de la vérité. La République de Platon présente le monde où s'agitent les hommes comme un théâtre d'ombres, offert en spectacle à des prisonniers enchaînés dans une caverne, coupés à jamais de la lumière de la vérité, conception que Nietzsche reprend, vingt-cinq siècles plus tard, en avançant que ce n'est que pour «vivre avec quelque repos» que l'homme maintient «la croyance invincible que ce soleil, cette fenêtre, cette table, est une vérité en soi». Après avoir cru un moment que l'analyse des symptômes et des rêves était susceptible de restituer au sujet la vérité de son histoire durant la cure, Freud dut reconnaître la vanité de cet espoir en constatant «[qu'il] n'existe dans l'inconscient aucun indice de réalité de telle sorte qu'il est impossible de distinguer l'une de l'autre la vérité et la fiction investie d'affect». Conclusion qui fit dire à Lacan, tirant son ultime conséquence, «[que] nous ne rêvons pas seulement quand nous dormons».
Sur le principe que la passion de la vérité a toujours rendu fous ceux qui prétendaient détenir le sens du monde (Hitler comme Schreber nous apportent ici leur témoignage), la philosophie et la psychanalyse ont, chacune dans leur champ, subverti le statut de la vérité en découvrant d'elle un nouveau visage : celui d'une vérité pure et sans contenu, solidaire d'un homme sans qualité référé au «signe privé de sens», évoqué par Hölderlin, en écho anticipé au signifiant primordial, identifié par Lacan, auquel l'analysant à la fin de sa cure est appelé à s'assujettir.
Dans un monde fragmenté en convictions et en certitudes par les intégrismes politiques et religieux, il devient urgent de rétablir les droits d'une vérité vide soumise au primat de la pensée. À la croisée des chemins de la philosophie et de la psychanalyse, c'est ce chantier qu'ont ouvert dans un débat sans concessions les contributeurs de ce livre.
Michel Pion, psychanalyste (Paris), rédacteur à La Quinzaine littéraire, membre du comité de rédaction d'Essaim.
Henri Rey-Flaud, psychanalyste (Montpellier), auteur de plusieurs ouvrages dont «Et Moïse créa les Juifs...». Le testament de Freud (Aubier, 2006).
Avec la participation de : Françoise Balibar, Jean-Daniel Causse, Yves Duroux, Marie Gaillé-Nikodimov, Olivier Grignon, Jacques Le Brun, Guy Le Gaufey, René Major, Jean-François Mattéi, Catherine Millot, Bertrand Ogilvie, Erik Porge, Jacques Rancière, Annie Tardits, Françoise Wilder.
Jean-François Mattéi
L'Être de la vérité
Frege, dans un manuscrit de 1897 sur l'introduction à la logique, fait remarquer de façon toute pascalienne que le prédicat «être vrai» ne nous apprend rien sur ce qui est en cause. «Admettons que l'on veuille dire : une représentation est vraie si elle est adéquate à la réalité.» Et l'auteur d'objecter aussitôt : «On n'aurait alors rien gagné. Car, pour appliquer ce critère, il faudrait pouvoir décider si, dans chaque cas donné, une représentation est bien en adéquation avec la réalité. En d'autres termes : s'il était vrai que la représentation fût en adéquation avec la réalité. Il faudrait ainsi présupposer le défini dans sa définition.» Frege conclut qu'on ne saurait approcher la vérité, comme les autres termes premiers, qu'en un mode indirect : «La vérité est manifestement quelque chose de si originaire et de si simple que reconduire à quelque chose d'encore plus simple est impossible.» La vérité est en conséquence de l'ordre de «la présupposition» : quoi que l'on dise, la vérité est déjà dite lorsqu'une chose quelconque est dite. Il y a en tout discours «une présupposition de vérité», Wahrheitsvoraussetzung, qui est la présupposition d'«objets» sui generis, le «vrai» et le «faux».
Frege retrouve ici l'intuition pascalienne sur l'impossibilité de définir les premiers principes en établissant «un ordre absolument accompli». Mais ce n'est pas en pensant uniquement à la géométrie que Pascal écrit : «Ainsi, en poussant les recherches de plus en plus, on arrive nécessairement à des mots primitifs qu'on ne peut plus définir, et à des principes si clairs qu'on n'en trouve plus qui le soient davantage pour servir à leur preuve.»
Il y a bien, en effet, montre Pascal, des termes que nous ne pouvons parvenir à définir. Il prend d'emblée l'exemple du mot «être» qui ne fait qu'un, dans la tradition, avec le mot de «vérité» : «On ne peut entreprendre de définir l'être sans tomber dans cette absurdité ; car on ne peut définir un mot sans commencer par celui-ci, c'est, soit qu'on l'exprime ou qu'on le sous-entende. Donc, pour définir l'être, il faudrait dire c'est, et ainsi employer le mot défini dans la définition.»
On notera au passage que Frege a repris, au verbe près, l'expression exacte de Pascal : «Présupposer le défini dans sa définition», au lieu de : «Employer le mot défini dans la définition.»
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