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Auteur : Herman Melville
Traducteur : Armel Guerne
Date de saisie : 19/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Phébus, Paris, France
Collection : Libretto, n° 245
Prix : 14.50 € / 95.11 F
ISBN : 978-2-7529-0266-5
GENCOD : 9782752902665
Sorti le : 19/04/2007
Hélène Lausseur - 23/05/2007
Xavier Clion - 15/05/2007
MIROITEMENTS
Appelons-moi Ismahel.
Il y a quelque temps - le nombre exact des années n'a aucune importance -, n'ayant que peu ou point d'argent en poche, et rien qui me retînt spécialement à terre, l'idée me vint et l'envie me prit de naviguer quelque peu et de m'en aller visitant les étendues marines de ce monde. C'est un remède à moi; c'est une manière que j'ai de me sortir du noir et de redonner du tonus à la circulation de mon sang. Oui, chaque fois que je me sens la lèvre amère et dure ; chaque fois qu'il bruine et vente dans mon âme et qu'il y fait un novembre glacial; chaque fois que, sans préméditation aucune, je me trouve planté devant la vitrine des marchands de cercueils ou emboîtant le pas aux funèbres convois que je rencontre; et surtout, oui, surtout, chaque fois que je sens en moi les mauvaises humeurs l'emporter à ce point qu'il me faille le puissant secours des principes moraux pour me retenir d'aller courir les rues a seule fin de jeter bas, fort méthodiquement, le chapeau des gens -, alors, oui, je considère qu'il est grand temps pour moi de filer en mer au plus vite. C'est ce qui me tient lieu de pistolet et de plomb. Caton se jette sur son glaive, non sans emphase et sans grandiloquence philosophiques; je gagne moi, bien plus discrètement, le bord de quelque voilier. Et il n'y a rien là qui soit fait pour surprendre : tous les hommes, ou presque, à un moment ou à un autre de leur existence, nourrissent ou ont nourri, à un degré quelconque, des sentiments fort voisins des miens à l'égard de la mer.
Voici, par exemple, votre île citadine de Manhattan avec le collier de ses docks tout semblable à celui des récifs de corail ceignant les îles de l'océan Indien - et c'est l'écume du trafic commercial qui bouillonne autour d'elle. De droite et de gauche, les rues descendent à la mer. L'extrême pointe en est constituée par La Batterie, noble môle que viennent baigner des vagues et caresser des brises du grand large, qui se trouvaient encore, quelques heures auparavant, tout à fait hors de vue de la terre. Or, voyez en quelle affluence sont les contemplatifs de l'eau !
Moby Dick (1851), récit de la poursuite acharnée d'une baleine blanche par le capitaine Achab, habitué de la «lutte cosmique en mer», peut se lire comme le plus formidable des romans d'aventures. Mais il est autre chose et bien plus que cela : la quête d'une humanité embarquée de force à bord d'une histoire qui reste pour elle un mystère. Pour les aficionados de Melville (1819-1891), la traduction qu'Armel Guerne a donnée en 1954 de ce chef-d'oeuvre est un monument indépassable : le traducteur et poète est allé jusqu'à s'initier au parler «salé» des matelots américains du XIXe siècle, et à inventer un français hautement «melvillien», puisque le grand romancier aimait à dire qu'il n'écrivait pas en anglais mais en outlandish... la langue du grand Ailleurs.
«Achab, c'est un Prométhée aux ailes carbonisées, un Ulysse mutilé qui a changé son Itaque contre la promesse d'un inéluctable naufrage (...) Lire "Moby Dick" ? Ce n'est pas seulement faire provision d'embruns et de bourlingue. C'est se frotter au roman le plus mythique des lettres américaines. En découvrant une humanité foudroyée, aux prises avec ses propres vertiges et avec ses insondables déchirures, sous la gifle des tempêtes». ANDRÉ CLAVEL / LIRE
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